04/05/2012

La science-fiction soviétique et russe dans "Antarès" - 3

 

Durant toute son activité, Antarès ne s'est pas contenté de publier des nouvelles. Chaque numéro comprenait aussi un gros cahier critique, ainsi que quelques articles et un port-folio, lequel étant consacré soit à des auteurs méconnus, soit à des anciens comme Virgil Finley.

Evidemment, comme nous l'avons vu en faisant le relevé des publications « baltiques », certains articles, et parmi les plus intéressants, furent consacré à l'espace soviétique, notamment dans la rubrique « Terrascopie », qui apparaît en 1984 dans le numéro 15 et qui donnera régulièrement des nouvelles concernant la SF soviétique (conventions, décès d'auteurs, parutions remarquables, etc.).antares12-1983.jpg

Pour ce qui concerne les articles eux-mêmes, Jacqueline Lahana ouvre le bal en 1983 :

Jacqueline Lahana, « Où en est la SF soviétique ? », Antarès n°12, 1983, p. 128-132.

Il s'agit-là d'un utile complément à la thèse de l'auteur (Les Mondes parallèles de la science-fiction soviétique, 1979, L'Âge d'Homme), une mise à jour sur ce qui s'est passé depuis sa publication.

L'année suivante, André Cabaret traduit un article posthume de Kirill Andreiev :

Kirill Andreiev, « Vision soviétique de la SF » [Что же такое научная фантастика?, 1982], introduction et traduction d'André Cabaret, Antarès n°13, 1984, p. 122-125.

Andreiev, mort en 1968, était un critique et anthologiste célèbre dans les années 60.

En 1985, à défaut de pouvoir interviewer les Strougatski eux-même, la rédaction choisit de rependre une interview hongroise :

Péter Kuczka, « Rencontre avec A. & B. Strougatski », traduction anonyme du hongrois, Antarès n°18, 1985, p. 124-131.

Enfin, fait remarquable : Jean-Pierre Moumon signe en 1989 un article sur le peintre Andreï Sokolov :

Jean-Pierre Moumon, « Andreï Sokolov, peintre de l'astronautique », Antarès n°33, 1989, p. 110-116.

Cet article sera l'occasion de reprendre plusieurs des illustrations de ce peintre en couverture, pour les n°33 à 36, celle du numéro 37-38 étant assuré par un autre Soviétique : Gueorgui Kournine.

Piochant toujours chez les illustrateurs soviétiques, mais dans un tout autre genre, la revue publiera un port-folio des œuvres d'Olena Zenitch :

Port-folio : Olena Zenitch, « Une Fillette de la Terre », Antarès n°34, 1989, p. 128-140

Il s'agit-là d'illustrations des aventures d'Alice, un cycle d'histoire de science-fiction pour enfants, dont l'auteur est Kir Boulytchev.

 

Arrive enfin la Perestroïka, et c'est là qu'Antarès va devenir un vrai document historique. Jean-Pierre Moumon use de son réseau de contacts pour prendre le pouls, en direct, de l'évolution de la situation en URSS et dans les Pays de l'Est. Il en résultera la publication de trois longs éditoriaux, dans les numéros 34, 35 et 36 (1989 à 1990) :antares34-1989.jpg

Jean-Pierre Moumon, « Editorial. Perestroïka », Antarès n°34, 1989, p. 2-7 et 124.

Jean-Pierre Moumon, « Editorial. L'après Perestroïka », Antarès n°35, 1989, p. 2-7 et 116.

Jean-Pierre Moumon, « Editorial. Le legs de la Perestroïka », Antarès n°36, 1990, p. 2-9 et 98.

 

Mais ces éditoriaux sont complétés dans chacun de ces numéros, d'abord par un premier article de synthèse :

Romualdas Kalonaitis, « Perestroïka et SF en URSS », Antarès n°34, 1989, p. 125-127.

Puis par une vaste compilation de correspondances diverses, venues de tous les Pays de l'Est, formant un gros dossier sur l'impact de la Perestroïka sur la science-fiction :

Collectif, « Perestroïka et SF -1 », Antarès n°35, 1989, p. 117-131.

Collectif, « Perestroïka et SF -2 », Antarès n°36, 1990, p. 99-113.

De multiples voix des Pays de l'Est (auteurs, éditeurs, simples fans), profitent de ces courriers pour s'exprimer en toute liberté, crachant parfois ouvertement toute la détestation qu'ils ont pour certaines des publications officielles d'époque soviétique, leur mélange de peur et d'espoir pour l'avenir. Grâce à ces lettres, on peut appréhender un minimum le souffle de cette époque de changements primordiaux. A ce titre, elles sont irremplaçables.

Pourtant, et ce fort curieusement, si Antarès publiera dans son numéro suivant un court roman des frères Strougatski, par la suite il ne restera plus trace de la science-fiction soviétique dans cette revue jusqu'à son arrêt en 1996. Manque d'intérêt ? Manque de sources du fait du chaos ambiant de l'époque ? Changement d'orientation idéologique, du fait de l'implantation du libéralisme américain triomphant ? Nous ne savons pas.


Nous retiendrons donc que pour la seule SF soviétique, durant dix ans Antarès fut un authentique et irremplaçable support de découverte, qui ne connaîtra pas de réel successeur avant la résurrection de Lunatique en 2005 et surtout la nouvelle série de Galaxies, lancée en 2008. Il est bien dommage pour le coup qu'Antarès soit quasiment tombée dans l'oubli et que bien peu des textes qu'elle a publiés aient été réédités.

 

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