03/06/2012
La Cité sans nom, de Vladimir Odoievski, est paru
« Il n'y a que le temps qui puisse témoigner de la véracité de l'événement que l'on décrit. L'imagination de l'homme n'a pour l'instant rien inventé d'irréalisable. Ce qui n'existait pas, ce qui n'existe pas – cela existera. Les traditions, les mœurs, les opinions des gens suivent une parabole dans l'espace-temps à la manière-même des comètes dans l'espace de l'Univers. Si l'homme était immortel, alors, dans le futur, il rencontrerait le passé qu'il a connu. »
Ces phrases de son contemporain Alexandre Veltman, extraites du roman L'An MMCDXLVIII. Le manuscrit de Martyn Zadek (publié à Moscou en 1833), le prince Vladimir Odoievski (1803-1869) aurait pu les faire siennes, tant sa foi en le progrès scientifique et technique était forte. Tour à tour mystique, romantique, puis ardent propagateur des sciences et du savoir, Odoievski fut non seulement un écrivain, mais aussi un scientifique, un musicologue reconnu, le créateur de ce qui deviendra la bibliothèque nationale russe, l'actuelle Bibliothèque Lénine, bref, un génie touche à tout, personnage incontournable de la vie culturelle russe de la première moitié du XIXe siècle.
Mais son œuvre, trop dispersée en une multitude de nouvelles dont certains ont été réunies en un roman, Les Nuits russes, n'a jamais jamais connu la renommée de celle d'un Pouchkine ou d'un Gogol. Et malgré quelques efforts ponctuels ces dernières années, il est encore très largement inconnu en France.
Pourtant, ses nouvelles fantastiques – certes influencées par Hoffmann – sont souvent originales, étranges, parfois à la limite de ce qu'on appellera plus tard le weird, selon les critères anglo-saxons.
Ses visions du futur sont aussi étonnantes : non seulement il fait œuvre de visionnaire du point de vue technologique – les inventions qui parsèment son roman inachevé L'An 4338 sont remarquables – mais aussi du point de vue sociologique. Certes, il reste fidèle au régime tsariste, mais il y voit comme un rempart face à certaines idées qu'il juge dangereuses pour l'Etat : le libéralisme et l'utilitarisme. 
Il nous semblait donc nécessaire de faire quelque chose, alors même que cet auteur sort largement du cadre de ce que nous faisons ordinairement. Mais ce qui ne devait être au départ que la réédition d'une nouvelle fantastique s'est vite transformé en projet de recueil, confié à Philippe Ward, chez Rivière Blanche, au moment même où Jean-Daniel Brèque créait, chez ce même éditeur, la collection Baskerville. La complémentarité entre les deux projets est vite apparue, ainsi ce qui allait devenir La Cité sans nom a intégré cette collection.
Nous avons choisi pour composer ce volume de reprendre l’intégralité des traductions du XIXesiècle, non pas par facilité, mais par goût : ces traductions sont de leur époque, dans le ton, et si parfois elles prennent quelques libertés avec leur original, elles n’en restent pas moins sans doute plus « justes » que ne pourrait l’être une traduction moderne, toujours susceptible d’anachronismes. Nous avons pris soin cependant de modifier la translittération des noms propres, parfois très aléatoire, afin d’uniformiser le volume, et surtout de compléter les coupures dans le texte, lorsque celles-ci était trop importantes et en altéraient le sens (notamment dans La Sylphide, que son abbé de traducteur a vidé de toute puissance érotique).
Mais il nous fallait aussi joindre à cet ensemble des textes fondamentaux, pour certains inédits en français, comme le roman inachevé de science-fiction L'An 4338.
Et maintenant, après un an de travail, l'ouvrage est sorti des presses. Aussi pour fêter cela, et c'est un peu notre habitude, nous lancerons à partir de mercredi prochain un concours : cinq jours, une question par jour, et donc cinq exemplaires à gagner. Rendez-vous mercredi soir, 20h, pour la première question !
Vladimir Odoievski
La Cité sans nom
Recueil coordonné par Patrice Lajoye
Traductions de Pierre Douhaire, G. Leroy, Hellé, Viktoriya et Patrice Lajoye
Illustration de Mandy
Pour en savoir plus : cliquez ici !
13:48 Publié dans (aut.) Vladimir Odoievski, (éd.) Rivière Blanche, Auteurs russes | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
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