23/06/2012

Nadejda Teffi - Vourdalak le vampire / Et le Temps s'arrêta...

Nadejda Teffi (1872-1952) occupe une place à part au sein de la littérature russe. Elle s'était déjà fait une petite notoriété en Russie avant la Révolution en tant que poète et auteur à tendance satirique. Mais en 1919, elle émigre en France, après un passage à Istanbul, où elle poursuit, au sein de la communauté russe de Paris, son activité d'écrivain. Chose exceptionnelle : elle est alors la seule, parmi tous les écrivains émigrés, à être malgré tout publiée en URSS : la raison en est que ces œuvres sont toujours satiriques et prennent pour cible ses compatriotes d'exil. Son œuvre, essentiellement de courtes nouvelles, est abondante. Elle reste pourtant quasiment inconnue en France, faute de traductions.Teffi1.jpg

Il y eu en effet une adaptation théâtrale en 1931 (L'Art et la manière d'être un séducteur, adaptation signée Léon Guillot de Saix et Wladimir Bienstock), puis après-guerre, deux intéressants recueils de nouvelles, La Lumière des humbles (1946, Paris, Nouvelles Editions Latines) et Vourdalak le vampire (1946, Liège, Maréchal), deux recueils dus à G. Barbizan et Bl. Escassut, qui ont renommé au passage l'auteur « Nadine » Teffi.

Puis plus rien. Il faut dire que juste après la seconde guerre mondiale, les traductions d'auteurs russes sont largement le fait d'éditeurs communistes, et que Nadejda Teffi est alors considérée comme un auteur passéiste (voir sur ce point Pavel Chinsky, « La littérature russe et soviétique dans les Lettres françaises de janvier 1946 à mars 1953 », Revue des études slaves, n°72, 2000, p. 81-95). Mais tout récemment, les Editions de Fallois nous permettent de redécouvrir cet auteur, avec en 2011 un nouveau recueil, Et le Temps s'arrêta... puis en 2012 un roman, Un Roman d'aventure.

Telle que nous l'avons présentée, Nadejda Teffi ne présente pas d'intérêt pour ce blog. Sauf qu'elle s'est largement aventurée dans le domaine du fantastique, et c'est pourquoi il nous faut parler de Vourdalak le vampire et de Et le Temps s'arrêta...

Teffi2.jpgDans les deux recueils, l'impression de passéisme est il est vrai justifiée : une certaine forme de nostalgie douce s'exprime bien. Teffi raconte son enfance, ou du moins une enfance fantasmée, à la campagne ou bien dans de petites villes de province. Si dans Et le Temps s'arrêta... elle nous offre de découvre tout le petit milieu (famille, domestiques et autres) qui l'entourait, dans Vourdalak le vampire se restreint aux seuls textes contenant un élément fantastique. Ces deux approches ne sont pas exclusives : on notera d'ailleurs que les deux sommaires se recoupent partiellement. Et c'est tout folklore russe traditionnel qui se dévoile par le regard d'une petite fille : vourdalak (vampire), vodianoï (ondin), roussalka (ondine), sorciers et sorcières, etc. (nous restituons ici les noms russes, là où les traductions les ont souvent remplacés par des équivalents français). Le premier mot qui viendrait à la lecture de ces récits est peut-être « charmant ». Ce fantastique n'est en effet jamais effrayant au premier abord : le ton est volontairement naïf (ce sont des souvenirs d'enfance), nous sommes plongés dans l'univers enchanté d'une petite russe d'un milieu favorisé. Puis, en y réfléchissant, des éléments plus allusifs se dévoilent, comme la détresse de l'ondine ou toute l'horreur que peut susciter un bébé vampire, tout cela appuyé par le fait que les gens humbles, paysans ou domestiques, eux, savent ce qui est vrai. Ce double plaisir est d'ailleurs facilité par une narration légère, agréable à lire : ces petits textes se lisent avec un vrai bonheur, en les picorant les uns après les autres comme autant de gourmandises.

Il nous reste donc à espérer que les Editions de Fallois continueront leur effort envers cet auteur. Nous en viendrions presque à souhaiter un nouveau recueil, du style de celui de 1946, c'est-à-dire exclusivement consacré aux textes fantastiques (quitte à reprendre certains textes de Et le Temps s'arrêta...), un recueil qui pour le coup jouirait ainsi d'une grande cohérence.

 

Nadine (sic) Teffi

Vourdalak le vampire

trad. G. Barbizan et Bl. Escassut

1946, Liège, Maréchal

 

Nadejda Teffi

Et le Temps s'arrêta...

trad. et présentation Mahaut de Cordon-Prache

2011, Paris, Editions de Fallois

 

Une lecture de Patrice

 

Commentaires

Chouette, je sens que le Vampyre va intégrer la liste des titres que je recherche pour Vampirisme.com ! De fait, je me rends compte que ma connaissance de la littérature russophone sur le sujet est assez réduite, passé le Vij de Gogol et le recueil d'Alexei Tolstoï.

A l'occasion, si vous avez sous le coude une liste d'ouvrages (trouvables ou non) écrits par des auteurs russes et mettant en scène des vampires, je suis franchement intéressé.

Écrit par : Vladkergan | 23/06/2012

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Le Vourdalak, voulais-je dire, pas le Vampyre

Écrit par : Vladkergan | 23/06/2012

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Ici, il n'y a que la nouvelle intitulée Vourdalak qui traite du vampirisme, et d'une façon relativement proche de celle d'Alexeï Tolstoï, c'est à dire un vampire rural, sans classe ni capacité d'attirance particulière. Pire: il est à peine né qu'il est comme ça. Un monstre de naissance, et le plus étonnant est que la famille fait avec.
Parmi les auteurs russes, il y a aussi Vladimir Dahl, folkloriste et lexicographe, qui a aussi publié des contes très proches du folklore, dont un, à notre connaissance, traite du vampire.

Écrit par : Patrice | 23/06/2012

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