30/06/2012

Hooked

Pavel Sanaev (ou Sanaiev selon la translittération) n'est connu en France que pour un roman, Enterrez-moi sous le carrelage, paru en 2009 aux éditions Les Allusifs. Mais en Russie il est aussi est surtout un réalisateur, et notamment d'un blockbuster, На Игре (Dans le Jeu), film en deux volets dont le premier vient tout juste de sortir en français sous le titre de Hooked. Oui, c'est décidément une sale manie des distributeurs français que de sortir les films russes avec un titre en anglais. Passons.

Hooked fait peur, il est vrai, car l'esthétique de sa jaquette (pour une fois le distributeur est resté fidèle à l'original), le fait se placer dans ces films de grosse action qui nous arrivent maintenant régulièrement en direct to DVD, avec parfois de bonnes surprises, comme Contagion – Paragraph 78, mais surtout de sombres et lamentables navets à l'instar de The Interceptor.


Par chance, Hooked se classe clairement dans la première catégorie.Hooked.jpg

L'action se passe à Nijni-Novgorod, sans doute dans un futur proche, et dans un milieu de hardcore gamers, c'est-à-dire de jeunes passionnés de jeux vidéos (ici Counter Strike), au point de participer en équipe à des tournois. Or à l'issu de l'un d'entre eux, qu'ils ont brillamment remporté, ils se voient offrir une fort jolie somme, mais aussi un tout nouveau jeu, la création d'un studio local. Mais le jeu en question n'en est pas un, et lorsque chacun d'entre eux va tenter de l'installer sur son PC, ils se retrouveront dotées de capacités physiques similaires à celles de leurs personnages ordinaires : rapidité de mouvement, précision de tir, réflexe, tout leur est donné. Ils s'en rendront compte les uns après les autres par hasard (dans un stand de tir, lors d'une bagarre ou d'une partie de paintball). Et très vite, ils se rendront compte de leur statut, dont ils vont essayer de profiter en tentant de faire chanter le groupe de mafieux local, avant de se faire récupérer par les services spéciaux.

Sanaev réussi là un fort bon film. Son scénario se tient remarquablement bien. Sa réalisation pèche parfois par l'abus de plan facile tels qu'on peut en voir des milliers dans les films d'action ordinaire, mais il y ajoute un petit plus qui fait que la sauce prend : les héros sont des gamers, et donc la mise en scène est celle d'un gamer. Par exemple, lorsque quatre d'entre eux se retrouvent coincé dans un hangar, à affronter une cinquantaine de mercenaire avec juste de fusil de paintball, le réalisateur opte pour un angle de vue qui est celui des FPS (First Person Shooter), autrement dit des jeux comme Stalker : on voit l'arme directement de derrière, mais pas celui qui la tient, seulement sa main.

La scène en question (en russe)

La décente aux enfers des héros malgré eux de cette histoire est aussi bien menée : ces jeunes pieds tendres qui ne vivent que pour le jeu, vont devoir se rendre compte que lorsqu'ils tuent quelqu'un, il ne s'agit pas d'un simple frag. Si certains sont tentés de mener la belle vie avec filles et argent faciles, cela ne durera qu'un temps. La façon de présenter le rôle des services spéciaux est aussi intéressante, puisque les gamers se retrouvent finalement à la place occupée d'ordinaire par des drogués obligés de faire les basses œuvres sous peine d'être dénoncés. Hooked constitue au final non seulement un bon film d'action, mais qui en plus fait réfléchir après le visionnage.

Mais venons-en maintenant à la version française. Nous avons vu déjà la question du changement de titre, avec remplacement par un titre anglais. Mais ça va plus loin. La jaquette nous annonce en audio : « version original / version française ». Sauf que la version dite originale... est en anglais ! Et l'on devine que la version française a été traduite (mal) de l'anglais).

De plus, il n'est indiqué nulle part qu'il ne s'agit que du premier volet d'une dilogie, et lorsque l'on arrive à la fin, on tombe en plein sur un joli cliffhanger et un panneau qui indique – en russe – « à suivre ». Il faut donc connaître le russe pour savoir que ce n'est pas fini.

Bref, ça commence à bien faire, ce genre de jeu de massacre qui n'épargne quasiment aucun film russe arrivant sur le marché français (même si le pire semble être à venir avec la sortie prochaine de L'Île habitée).

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