18/07/2012
Arkadi et Boris Strougatski - Un Milliard d'années avant la fin du monde
Cela faisait longtemps que nous n'avions pas parlé d'une oeuvre des frères Strougatski. Certes, leur bibliographie n'est pas extensible à l'infini, il n'en reste pas moins qu'entre les quelques traductions françaises qui nous restent et tous les textes encore inédits dans notre langue, nous avons encore de l'avenir.
Un Milliard d'années avant la fin du monde (За миллиард лет до конца света, 1977) est de ces textes considérés comme mineurs - mais néanmoins même un texte mineur des Strougatski est un classique de la SF russe. Il appartient à cette veine réaliste tardive que les deux frères ont exploitée dans des récits commes les Détails sur la vie de Nikita Vorontsov ou encore le scénario Cinq cuillères d'élixir. L'action se passe de notre temps, et l'argument de science-fiction y fait le plus souvent office de parabole. Mais de quoi est-il question donc ici?
Un astronome brillant compte profiter des vacances au bord de la mer Noire de sa femme et de son fils pour rester travailler seul dans son appartement de Saint-Pétersbourg. Il est sur le point de parvenir à une découverte importante, qui nécessite toute son attention. Mais peine perdu: le téléphone sonne sans cesse, on lui livre des choses par erreur, une jeune femme se prétendant envoyée par son épouse s'installe chez lui, et lorsqu'il commence à se poser sérieusement des questions sur ce qui se passe, il se retrouve soumis à un interrogatoire judiciaire: un de ses voisins, scientifique lui aussi, vient de se suicider d'une balle dans la tête.
Et il semble bien que ce collègue ait subit les mêmes pressions étranges, de même que le mathématicien de l'étage au-dessus, qu'un biologiste, vieille connaissance de notre héros, et qu'un orientaliste spécialiste des échanges culturels entre le Japon et les Etats-Unis. Tous vont se réunir dans l'appartement de l'astronome et tenter de comprendre ce qui se passe.
Illustration de N. Kochkine pour la prépublication du roman en 1976 dans la revue Znanie - sila.
Un Milliard d'années avant la fin du monde ne brille pas par son rythme: amateurs d'action, passez votre chemin. Ce court roman est en effet un huis-clot quasi complet: en dehors de quelques excursions chez les voisins du même immeuble, tout ce passe chez l'astronome. Et tout n'est que discussion. Une adaptation au théâtre serait aisée. Et cette discussion en elle-même est intéressante.
Bien entendu, on sera en premier tenté de voir en ces événements chaotiques qui pertubent la vie de ces chercheurs les pressions permanentes dont les intellectuels soviétiques (à commencer par les Strougatski eux-mêmes) faisaient l'objets: intimidations, recommandations, brimades, voire sanctions. L'initiative personnelle est toujours mal venue. Or les chercheurs dont il est question ici ne font que suivre leur intuition personnelle pour mener à bien leurs recherches.
Mais cela va au-delà. Il est bien difficile pour le coup de parler de cet au-delà sans en dévoiler trop sur le contenu du livre. Bien des hypothèses sont présentées successivement: influence d'une hyper-civilisation (extraterrestres), hasard, loi naturelle inconnue. Chacun y va de sa proposition, de façon plus ou moins étayée. Et ce qui compte finalement est la décision que chacun va prendre face à cette pression. L'un s'est déjà suicidé. Un autre a abandonné ses recherches et n'est plus qu'une loque. Mais les autres, que vont-ils faire?
Démarrant sur un rythme de petit quotidien peu affriolant, Un Milliard d'années avant la fin du monde nous plonge finalement dans quelque chose de vertigineux. Une oeuvre mineure? Oui, mais la petitesse est toute relative...
Une lecture de Patrice
Arkadi et Boris Strougatski
Un Milliard d'années avant la fin du monde
trad. Svetlana Delmotte
1983, Paris, Fleuve Noir
20:47 Publié dans (aut.) Arkadi et Boris Strougatski, (éd.) Fleuve Noir, (éd.) Fleuve Noir, Auteurs russes | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
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