31/07/2012

First Squad

First_Squad.jpgNous avons déjà vu avec Exaella que les Russes, pour produire des dessins animés - alors même qu'il y a une longue tradition locale de ce genre - ont pu s'allier à des Japonais. C'est le cas aussi pour First Squad (Первый отряд), un long métrage sorti en 2009. Construit à la base sur un scénario créé par Misha Shprits et Aljosha Klimov, la réalisation en a été confié au studio 4°C, et donc à Yoshiharu Ashino, qui a déjà été auparavant animateur sur de multiples projets et dont c'est là la première direction.

Nous sommes pendant la Seconde Guerre mondiale. Sur le front russe, les deux armées piétinent, toutes les offensives, d'un camp comme de l'autre, échouent. Mais un service secret d'occultistes nazi décident de faire basculer la victoire dans leur camp en faisant revenir de l'Autre Monde le légendaire baron von Wolff, un chevalier dont l'ordre, qui au XIIIe siècle envahit la Russie, fut excommunié pour pratique de la magie noire.

En face, les Soviétiques ont leur propre service secret, un groupe de jeunes gens, pour la plupart adolescents, doués de pouvoirs particuliers et entraînés au combat. Mais la plupart d'entre eux est tuée lors d'une attaque surprise, et seule Nadya, une fille de 14 ans, survit et, après un long moment d'errance, parvient à reprendre contact avec son supérieur qui va lui proposer quelque chose de jusqu'ici irréalisable: faire revenir ses camarades de l'Autre Monde. 

Partant d'une idée singulière - mais pas tout à fait originale - First Squad est cependant un échec. Beaucoup de choses ont déjà été écrite sur la passion des Nazi pour l'occultisme, et utiliser cela dans un récit de science-fiction est presque normal. Mais ici, tout va très vite, trop vite. On ne sait rien ou presque du contexte, et telle qu'elle se résume, l'entreprise des Allemands devient pour le coup très similaire a ce qui existe déjà dans un jeu célèbre, dans lequel il est aussi question de réanimer un antique chevalier pour gagner la guerre. Et ce jeu s'appelle Return to Castle Wolfenstein. On notera l'étroite ressemblance entre les deux noms, du baron von Wolff et du château de Wolfenstein. 

Le reste de l'histoire est développée de façon assez linéaire, laissant là encore beaucoup de choses inachevées. Certes nous avons vu le film dans une version courte (57 min). Mais la version longue n'en faisant que 14 de plus, on peut se dire que même elle ne suffit à répondre à toutes les questions. Cela-dit, qu'un scénario reste elliptique n'est pas nécessairement un problème, si la réalisation est à la hauteur. Ce qui n'est pas le cas.

La greffe entre un design très japonais et un contexte russe prend mal, d'autant plus que ce design n'a là encore rien d'original. L'animation est datée, pour ne pas dire maladroite. Les personnages qui parlent se contentent d'ouvrir / fermer / ouvrir / fermer la bouche. Les démarches sont saccadées. Certaines séquences sont répétées, comme si le film avait été fait à l'économie. Pire: le dessin (notamment pour les passages dans l'Autre Monde avec des morts vivants ridicules) est souvent tout bonnement laid. 

Alors évidemment le film est court, et on n'a donc pas le temps de s'ennuyer. Il n'empêche que l'on ne peut que regretter ce résultat. 

 

First Squad est disponible en DVD et Blueray avec version française. 

 

30/07/2012

Viatcheslav Rybakov - L'Antigrav "Tsarévitch"

Rybakov1.jpegViatcheslav Rybakov est un auteur auquel nous faisons régulièrement allusion sur ce blog, puisqu'il reçoit régulièrement des prix, et jouit du statut d'auteur reconnu. Pour autant, nous n'avions pas encore eu l'occasion d'aborder un de ses romans, nous limitant pour l'instant à son unique nouvelle traduite en français. Il était temps de réparer cette lacune avec L'Antigrav « Tsarévitch » (Гравилет «Цесаревич», 1993).

L'action de ce roman se passe dans l'équivalent temporel de la Russie post-soviétique, à la différence près qu'aucune Révolution n'a eu lieu et qu'un tsar y règne toujours. Le niveau culturel et scientifique est le même que le nôtre, et même un peu plus avancé, en revanche les relations avec les gens sont menées comme elles l'étaient au début du XXe siècle, avec un ordre social inchangé. Malgré cela, la population semble heureuse, tout est calme, la paix règne dans le monde d'une façon remarquablement stable. Il existe même un programme spatial commun entre la Russie et les USA. Pour autant, le mot communisme existe et désigne une religion, pacifique et portée sur la générosité et l'entraide.

Le personnage principal est le prince Alexandre Troubetskoï, colonel, chef du MGB, le Ministère pour la Sécurité de l'Etat. Il est en vacances lorsqu'il reçoit un message lui demandant de revenir le plus vite possible en raison d'un problème. Il découvre que le fils du tsar a été tué dans ce qui est visible un attentat. La victime devait prendre un antigrav pour aller dans l'espace, mais l'engin a explosé. Troubetskoï est chargé de l'enquête. 

Il se rend dans une petite ville où se trouve le cosmodrome d'où l'antigrav devait partir. Il y interroge tout le monde et découvre le coupable dans un hôpital, où l'on pense qu'il s'agit d'un drogué. Mais le personnage avoue détester le tsar. Pourtant son attitude reste étrange. Son regard dévoile un certain trouble, comme s'il était influencé psychiquement. Troubetskoï demande à ses employés d'enquêter dans les archives, d'y rechercher la trace d'attentats similaires depuis le XIXe siècle. Quelques temps plus tard, quelqu'un attaque le patriarche des communistes, à Simbirsk. Troubetskoï se charge aussi de cette enquête et découvre qu'un certain Bénia, ancien criminel, a fait connaissance avec une secte qui l'a utilisé contre le patriarche.Rybakov2.jpeg

 

L'Antigrav « Tsarévitch » est l'une des premières, si ce n'est la première, uchronie russe. Elle eut l'heur de paraître dans Neva, une des plus prestigieuses revues littéraires du pays – et non comme on pourrait s'y attendre dans une revue de science-fiction – et elle rafla très vite une série de prix impressionnante : Interpresscon 1994 ; Escargot de Bronze 1994 ; Grand Anneau 1993 ; Epées (Kiev) 1995 ; Prix Beliaev 1995. Il faut dire que c'est particulièrement mérité. Ecrit juste après la chute de l'URSS et donc publié lors d'une période particulièrement tendue, durant laquelle nombre d'écrivains menaient une large réflexion sur l'évolution à venir de la Russie, entre progrès et chaos, Rybakov bâtit son propre propos dans la lignée de celui des frères Strougatski – rappelons que Rybakov fut un des élèves du séminaires pétersbourgeois tenu par Boris Strougatski. Comme eux, il fustige la médiocrité petit-bourgeoise. Pour autant, il dénonce le caractère brutal du mouvement révolutionnaire et s'interroge sur les raisons de sa naissance. Sans condamner le communisme en tant que tel, dont il relève les valeurs humanistes, il condamne la violence qu'il a porté. Pour Rybakov, tout devrait se passer selon des moyens pacifiques : rien n'excuse les attentats ou les révolutions.

Et pour mener tout cela à terme sans que son récit n'en devienne qu'un pamphlet didactique, Rybakov – lui-même historien orientaliste spécialiste de la Chine ancienne – construit donc une uchronie, elle-même insérée dans un système d'univers parallèles. Tout ces éléments cumulés font de L'Antigrav « Tsarévitch » un grand roman dont la lecture est on ne peut plus recommandable.

 

Une lecture de Viktoriya

28/07/2012

Black Lightning - L'éclair noir

L'éclair noir.jpgUn richissime industriel tente de procéder sous Moscou même à un forage qui doit lui permettre d'atteindre des diamants. Mais une roche particulièrement dure l'en empêche. Il faut pour sa foreuse une source d'énergie autrement plus puissante que celle dont il dispose actuellement.

Dans le même temps, des ouvriers sur un chantier de construction découvrent un ancien laboratoire secret, avec à l'intérieur une antique Volga noire, intacte et parfaitement conservée. L'un d'eux se la réserve afin de la revendre.

Et pendant ce temps-là, Dmitri, un étudiant un peu coincé, issu d'une famille modeste dont le père est simple conducteur de tramway, rêve d'avoir une belle voiture afin de draguer les filles, ou du moins une fille, une nouvelle arrivée à l'Université, qu'un de ses camarades détourne sous ses yeux après lui avoir montré son iPhone et sa Mercedes.

Et lorsque le père de Dmitri offre à ce dernier l'antique Volga pour son anniversaire, c'est l'humilation ultime. Pas question d'arriver à l'Université à bord d'une telle boîte à savon.

Sauf que la voiture vole...

Black Lightning - l'éclair noir (Черная молния, 2009) est une film qui a été souvent présenté comme le premier film de super héros russe. Produit par Timur Bekmambetov (Nightwatch, Daywatch...) mais réalisé par Alexandre Voïtinski et Dmitri Kisseliev, ce film avait de quoi faire peur. Un super héros avec une Volga volante. Et pourquoi pas une Lada? Bref, il avait tout pour faire Coccinelle du pauvre. Sauf que non. Evidemment, il a bien des défauts. Le scénario s'inspire assez largement du Spiderman de Sam Raimi, et il y a certaines incohérences scénaristiques un brin curieuses. Mais Black Lightning est avant tout un produit commercial, tout comme ses homologues américains, et dans ce registre, il est plutôt réussi, et se situe même dans le haut du pannier. 

Certes, le seul personnage féminin majeur est une greluche sans cervelle, certes les étudiants mâles sont d'authentiques neuneus persuadés qu'une grosse voiture est plus utile qu'une grosse cervelle. Certes aussi, le film est ouvertement réactionnaire - là encore comme ses homologues américains - en ce sens qu'il est nostalgique d'un certain passé fantasmé, d'une URSS où tout le monde s'entraidait et dont on pouvait être fier des réalisations scientifiques. 

Mais à côté de ces aspects négatifs-là, on trouve un humour constant, qui vient les contrebalancer, et même aider à les surpasser. La scène du premier décollage de la voiture est tout bonnement hilarante. Les apparitions récurentes des alcooliques sont réellement drôles. 

Et puis surtout, les scènes d'actions sont parfaites, absolument spectaculaires. Le combat final, par exemple, est un morceau d'anthologie cinématographique, qui n'a peur d'absolument aucune énormité, tout en restant à la fois beau et prenant. Au final, on en retiendra qu'il ne s'agit certainement pas d'un chef d'oeuvre, mais cela reste du très grand spectacle, à savourer en famille. 

 

Pour les spectateurs francophones, Black Lightning - L'éclair noir est disponible en DVD et Blue ray en version française depuis 2010.