07/08/2012

Oleg Divov - L'Abattage

Divov.jpegEcrit six ans après le roman de Rybakov dont nous vous avons parlé il y a quelques jours, L’Abattage (Выбраковка, 1999) d'Oleg Divov, en prend quelque part le contre-pied : pour lui une certaine violence peut être nécessaire pour ramener la Russie dans le bon chemin.

L'action se passe en 2004, donc dans ce qui était alors un futur très proche par rapport à la date de parution. Le Parti de la Confiance Populaire a créé l'Agence pour la Sécurité Sociale, dont le but est d'éliminer de la société tous les criminels, toutes les personnes qui sont considérées comme n'étant pas bonnes en général. Criminels, dealers, escrocs, alcooliques, malades mentaux, tous les éléments négatifs sont sa cible. Les Agents utilisent contre eux une arme paralysante, puis les envoient vers des établissements spécialisés où ils subissent une punition autrement plus sévère que ce qui existe actuellement : les voleurs vont au bagne par exemple. La justice est sévère, et on voit bien au travers du roman que les bagnes sont bien peuplés. La police, elle, ne s'occupe plus que des cas les plus bénins.

Divov décrit le quotidien de ces agents, dont certains souffrent de problème psychiques : le fait de tirer sur des gens régulièrement, fusse avec des armes non-léthales, les poussent à continuer, toujours et plus. Les personnes touchées par ce trouble sont retirés du terrain, voire envoyées en traitement. Pavel Goussiev est un agent expérimenté. Il travaille en binôme avec un collègue nommé Valiouchok. Un jour, ils sont appelés dans Moscou : un fonctionnaire s'est installé au rebord d'une fenêtre d'un immeuble et veut se suicider. Les agents arrivent et réussissent à faire descendre l'homme. Il s'avère que celui-ci est membre du gouvernement, et que sa tentative de suicide est liée à des problèmes soulevés par des changements à venir.

 

La pensée de Divov ressemble à celle des Russes qui pensent toujours que seule la force qui peut établir l'ordre. Lorsqu'il décrit ses personnages, on sent bien qu'ils lui sont sympathiques en dépit du métier qu'ils font, un métier qu'il juge indispensable. Leur action est violente, mais le jeu en vaudrait la chandelle puisque le bonheur s'installerait dans le pays. Divov, comme pas mal de gens de sa génération, subit le choc de la chute de l'URSS, du chaos qui a suivi, puis du krach bancaire de 1998, et réagit avec un roman qui, en France, serait inenvisageable sous cette forme. On peut parler de roman « coup de gueule » et qui semble être une utopie sous la plume de Divov, pourtant maintenant un peu dépassé par les événements, de par la généralisation de l'usage du taser par les polices des pays « civilisés ». Pour l'auteur, un Etat idéal serait celui dans lequel les gens doivent payer leurs impôts, l'économie noire doit disparaître, le commerce doit se faire selon les critères de la préférence nationale. Autant d'éléments qui ont rendu le roman populaire. Mais tout cela aboutit à un résultat pour le moins dérangeant. Il n'empêche que ça se lit bien et vite, mais plus comme un article de journal que comme un texte littéraire.

 

Une lecture de Viktoriya

 

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