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23/01/2014

La collection "Voie lactée", dirigée par Pavel Amnouel

Amnouel Elinor.jpgDepuis 2010, l'écrivain Pavel Amnouel, que nous avons traduit par deux fois, dans Dimension URSS et dans Dimension Russie, anime une collection d'ouvrages de science-fiction en russe mais publiée à Jérusalem par les éditions « Voie Lactée » (Млечный Путь). Ces éditions sont très modestes, mais visiblement dynamiques. Elles ont fait le choix de l'impression à la demande, mais elles ont tout de même réussi à publier de très bonnes choses, et même à lancer une revue trimestrielle.Varchavski.jpg

Parmi les auteurs les plus remarquables, on trouve naturellement Amnouel lui-même, avec notamment son roman Le Chemin d'Elinor, que nous avions critiqué ici, mais aussi de grands classiques comme un recueil de nouvelles d'Ilya Varchavski, un recueil de notes critiques, notamment sur le théâtre, d'Alexandre Beliaev (ce qui est pour le moins inattendu et audacieux), ou, pour les auteurs les plus récents, de la même génération qu'Amnouel, un recueil de Vitali Babenko (qui fut l'un des moteurs du séminaire de Maleevka, et donc l'une des personnes à l'origine de la carrière de nombre d'auteurs actuels) ou encore l'excellent Puti-Pucha de Vladimir Pokrovski.Beliaev.jpg

Et en plus de cela quelques anthologies comprenant tant des nouvelles d'auteurs reconnus que de débutants et quelques traductions de l'anglais.Babenko.jpg

 

Face à ce catalogue alléchant, il nous a semblé utile de poser quelques rapides questions à Pavel Amnouel :Pokrovski.jpg

 

Russkaya Fantastika : Vos livres sont édités en Israël, mais sont-ils lu par les lecteurs russes ?

Pavel Amnouel : Ils sont pour l'essentiel lus par des Russes. Les commandes en provenance de Russie – et d'Ukraine – sont bien plus nombreuses que celles venant d'Israël, ce qui est compréhensible : il y a évidemment bien plus de gens qui lisent le russe dans ces deux pays qu'en Israël.

 

RF : Vos livres sont-ils disponibles en version numérique ?

PA : Bien sûr ! Tous les livres présents dans notre boutique en ligne sont vendus en version imprimée et en numérique (doc, pdf, fb2 et d'autres formats encore).

 

Amnouel.jpgRF : Comment choisissez-vous les textes ? Quels sont les critères requis pour qu'un roman ou un recueil de nouvelles soit publié dans votre collection ?

PA : Il faut avant tout que l'oeuvre soit basée sur une idée, un concept fort, et de préférence nouveau, surtout lorsqu'il s'agit de science-fiction. Bien sûr, son niveau littéraire doit être assez haut et il doit être intéressant à lire et à relire. L'intrigue aussi doit être dynamique, mais encore une fois, la nouveauté du concept et le haut niveau artistique viennent en premier. Nous publions essentiellement des romans, mais pas seulement : nous avons aussi publié des textes réalistes, des romans policiers, et de la poésie.

 

RF : Que comptez-vous publier à l'avenir ?

PA : Dans l'immédiat sortiront un roman de science-fiction de Vladimir G. Vassiliev, Minusculette (Микрошечка), et un recueil de nouvelles historico-policières de Thomas Foley

 

RF : Merci, Pavel !

 

Propos recueillis par email le 20 janvier 2014 par Patrice

 

25/06/2013

Ariel, d'Alexandre Beliaev, à nouveau adapté

En janvier dernier nous vous annoncions la mise en production d'une nouvelle adaptation cinématographique de L'Homme-amphibie d'Alexandre Beliaev. Cet auteur semble décidément revenir à la mode au cinéma, puisqu'on annonce la mise en route d'un autre projet, adaptant cette fois-ci le roman Ariel, mais pas par n'importe qui: par Andreï Tarkovski.

En fait, Andreï Tarkovski junior, le fils du célèbre cinéaste. Le père, avec la complicité de Friedrich Gorenstein, avait écrit dans les années un scénario tiré du roman de Beliaev et intitulé Vent clair (Светлый ветер). Mais ce scénario n'avait finalement pas pu être exploité, et le roman fut adapté d'une manière toute différente par un autre cinéaste, Evguéni Kotov, en 1992, qui signait là un film assez médiocre (que l'on peut voir ici, dans une version elle de très mauvaise qualité).

Mais le scénario de Tarkovski existe toujours (il a même été traduit en français), aussi un producteur a-t-il eu l'idée de faire appel au fils de celui-ci pour le mettre en chantier. Le projet est actuellement en quête de financement.

Nul ne sait pour l'instant s'il faut se réjouir (le scénario est une merveille) ou s'inquiéter (Andreï Tarkovski junior n'a pour l'instant rien fait de particulier dans le domaine du cinéma): nous verrons bien!

27/02/2013

Alexandre Beliaev et Jean de la Hire

Il y a quelques jours, notre confrère et ami Jean-Luc Boutel, sur son site Sur l'autre face du monde, décrivait par le détail un roman de Maurice d'Hartoy, L'Homme bleu (1924), dans lequel il est question d'un homme amené un temps à vivre sous les mers. Cette note fut l'occasion pour lui de dresser un inventaire des récits de science-fiction ancienne présentant des hommes spécialement modifiés pour vivre sous l'eau, note à laquelle répondit Jeam Tag, un intervenant régulier sur Russkaya Fantastika, pour signaler qu'il y manquait L'Homme amphibie, d'Alexandre Beliaev. Il ajoutait au passage qu'il était bien possible que Beliaev ait emprunté son sujet à un roman français, L'Homme qui peut vivre dans l'eau, de Jean de la Hire.

Interpellés par la question, nous nous sommes empressés de mener l'enquête.

Vokrug 1928.jpgLorsqu'Alexandre Beliaev publie dans la revue Autour du Monde, en 1928, son roman L'Homme amphibie, dans il aborde alors une thématique neuve au sein de la littérature populaire russe : celle de l'homme dont le corps est modifié pour s'adapter à un nouveau milieu. Ce thème sera bien entendu réabordé bien plus tard, par exemple par Pavel Amnouel, mais aussi et surtout par Kir Boulytchev, dans La Robe blanche de Cendrillon, que nous avons traduit chez Rivière Blanche. Un professeur argentin, le docteur Salvador, a procédé à une intervention chirurgicale des plus osée, sur son fils qu'il a nommé Ichtyandre, à savoir une greffe de branchies de requin, qui permettent au jeune homme de vivre à plein temps sous l'eau. Mais le garçon manque de tomber sous la coupe d'un riche entrepreneur local, qui exploite les pêcheurs de perle. Mêlant romance et questions sociales, L'Homme amphibie, dont une nouvelle adaptation au cinéma est en cours, comme nous l'avons signalé, fait partie des classiques de Beliaev, et donc de la littérature russe de science-fiction d'avant-guerre.Homme.jpg

L'Homme qui peut vivre dans l'eau de Jean de la Hire, est publié en 1908 dans Le Matin. On y retrouve une sorte de savant fou, Oxus, qui, à la manière de Némo, menace l'ordre mondial en faisant attaquer les bateaux par un homme, « l'hictaner », à qui le savant, aidé du Jésuite Fulbert, a greffé des branchies de requin. Premier roman relevant du cycle du Nyctalope (même si seul le père de Léo Saint-Clair y apparaît), L'Homme qui peut vivre sous l'eau est un succès.

Même si les divergences entre les deux romans sont nombreuses, on constate tout de même de nombreux rapprochements : un homme qui se fait greffer des branchies de poisson, plus précisément de requin, par un savant, une histoire d'amour impossible entre l'homme-poisson et une femme. Mieux, le nom du héros russe, Ichtyandre, même s'il est étymologiquement parfait, assone singulièrement avec l'hictaner de La Hire.roue.jpg

Il semble acquis que Beliaev ne lisait pas le français. Cependant, divers romans de Jean de la Hire ont été traduits en russe, le plus souvent fort mal, dans diverses revues populaires. Ces traductions sont difficilement identifiable en l'absence de dépouillement systématique de ces revues, d'autant plus que le nom lui-même de La Hire est parfois absent, ou alors singulièrement déformé par la translittération imposée : Ж. Делэр, Ж. Делягир, Ж. де Лягир, Ж. де ля Ир, etc. Ses romans les plus célèbres, comme La Roue fulgurante ou Le Mystère des XV ont ainsi été adaptés dans la langue de Pouchkine.Taina.jpg

De fait, l'homme qui peut vivre dans l'eau est bien paru en russe, anonymement, d'abord dans la revue L'Assemblée (Земщина) en 1909, sous le titre de L'Homme-poisson, puis en 1911 dans la revue Le Monde (Свет, t. 7), sous le titre Iktaner et Moizetta (Иктанер и Моизетта). La traduction est anonyme, donc, et qui plus est, elle n'est pas fidèle, le roman prenant une teinte singulièrement antisémite en le fait que Fulbert, de jésuite, devient juif, à la tête de ce qui devient une organisation terroriste juive!

Quoi qu'il en soit, nous avons là une belle preuve que même s'il s'agit de littérature populaire, la différence de langue n'est pas une barrière, que des textes, aujourd'hui singulièrement oubliés en France, ont pu avoir une influence notable, et même durable puis qu'on la retrouve chez Boulytchev, en Russie.

 

Sources:

Jean de la Hire sur Bibliograph.ru

Vitali Karatsoupa, «Человек-амфибия» («L'Homme amphibie»), sur archivsf.narod.ru

V. Khastounidi, «Таинственный Делер» («Le mystérieux Deler»), sur Istoria Fendoma

I. Naïdenkov, «Ля Ир, Жан де (de la Hire, Jean. Франция, 1878-1956)», sur tarranova.lib.ru

Voir aussi le site consacré à Alexandre Beliaev: http://www.alexandrbelyaev.ru/