01/10/2011
Projet "Kosmoopera" - Le choix final
L'heure est venue de la synthèse. L'été est fini, le temps des lectures pour la détente aussi, hélas. Viktoriya est confortablement assise dans le rocking chair, Patrice est affalé sur le canapé, Sophie papillonne autour des deux, regardant du coin de l'oeil Pocoyo qui passe en sourdine sur l'écran du lecteur de DVD et se demandant ce qui va bien se passer. Entre nous tous, une assiette pleine à en déborder de grains de raisin (muscat et italien). Le dictaphone est posé sur un genou de Patrice. C'est parti [le récit suivant est livré quasiment sans modification, sauf lorsqu'il s'agit de ne pas trop en dévoiler sur les textes].
Patrice : Durant tout l'été nous avons beaucoup lu, et chroniqué un peu moins, ne retenant que les éléments intéressants. Et donc quatre romans :
1. Ivan Efremov, La Nébuleuse d'Andromède ;
2. Sergueï Snegov, Les Gens comme les dieux ;
3. Olga Larionova, Le Chakra du Centaure ;
4. Viktor Nevinski, Sous un seul soleil ;
Huit novellas :
1. Guenrikh Altov et Valentina Jouravleva, La Ballade des étoiles ;
2. Ivan Efremov, Cor Serpentis ;
3. Olga Larionova, L'Accusation ;
4. Lidia Oboukhova, Lilith ;
5. Vladislav Krapivine, Je vais répondre à mon frère ;
6. Kir Boulytchev, Demie-vie ;
7. Ariadna Gromova, Les Glègues ;
8. Victor Koloupaev, Les Balançoires d'Ermite ;
Et neuf nouvelles, dont trois ont été regroupées en un seul ensemble, les trois récits martiens de Bilenkine :
1. Karen A. Simonian, De Service ;
2. Dmitri Bilenkine, trois récits martiens ;
3. Ilya Varchavski, Dans le cosmos ;
4. Sergueï Drougal, Sur chaque arbre se trouve un oiseau ;
5. Guenrikh Altov, Icare et Dédale ;
6. Igor Rossokhovatski, Ouragan ;
7. Gueorgui Gourévitch, L'Infra du dragon.
Donc d'emblée pour le projet, nous écartons les romans. Tant qu'à les publier en français, il faut le faire isolément : aucun éditeur n'accepterait un omnibus de ce genre. Reste les novellas et les nouvelles. Et là, il faut savoir quel thème exact on veut garder. Certaines nouvelles se passent sur une planète précise où il y a un mystère à résoudre. D'autres où la notion de voyage est prépondérante. D'autres ne quittent pas le système solaire.
Viktoriya : Et qu'est-ce qui nous empêcherait de faire un recueil varié ? Sans thème précis, mais guidé par nos goûts ?
Patrice : Dans l'idéal ce serait bien. Le problème est que le livre risque de manquer de cohérence.
Viktoriya : Mais il y a déjà un thème qui les réunit : l'espace. Peu importe que ce soit sur une planète ou à bord d'un vaisseau. Ce n'est plus sur la Terre.
Patrice : Dans ce cas, il faut se focaliser sur la qualité des textes. En premier, c'était Guenrikh Altov et Valentina Jouravleva, La Ballade des étoiles. Pour moi c'était le texte qui motivait le projet. C'est clairement un chef-d'oeuvre. Et pour bien faire, nous avons la caution de Gérard Klein, même si sa critique date des années 60. C'est un texte complet. Il y a tout : le voyage dans l'espace, puis la découverte d'une planète et d'une civilisation complètement différente de celle de l'homme ; il y a les aspects techniques, les aspects idéologiques, qui sont à la fois exploités et contournés. Quand même, citer Lénine et Marx dans un récit de science-fiction sans que ce soit lourd, c'est fort.
Viktoriya : Alors il faut le publier.
Patrice : C'est clair. Ensuite, c'est Ivan Efremov avec Cor Serpentis.
Viktoriya : Alors là, c'est plein d'idées, il y a un arrière plan idéologique qui n'est pas neutre : Efremov essaie de prendre le contre-pied d'une nouvelle américaine, et donc de montrer qu'une rencontre spatiale pouvait être pacifique. Mais s'il y a des beaux passages, c'est un texte ennuyeux.
Patrice : Oui. Lui aussi est déjà publié en français, mais il est difficilement rééditable. Ca a vieilli.
Viktoriya : Même le style est lourd.
Patrice : Ensuite, c'est Olga Larionova, avec L'Accusation...
Sophie : Papa... C'est à moi...
Patrice : Non, non, ça n'est pas à toi, ma grande. Donc un récit qui se passe sur une planète dont la période de rotation égale celle de sa révolution, et donc qui présente toujours la même face à son soleil. Et la vie n'y est possible que sur une mince bande. Là on a un récit d'exploration typique. On n'a pas le récit du voyage, mais celui d'un contact et d'un mystère à résoudre...
Sophie : Non, c'est à moi...
Patrice : … Avec des extraterrestres dont on ne sait pas comment ils sont arrivés là (puisqu'ils ne sont pas autochtones), et qui ont un mode de vie complètement étrange. On est dans la même optique qu'Altov et Jouravleva, mais avec une part de mystère en plus. Elle ne résout pas totalement son mystère, mais ce n'est pas grave. Cela m'a semblé d'autant plus original que les différents astronautes sont dotés d'une personnalité, ils n'entrent pas dans un modèle commun, ce qui est assez rare.
Sophie : C'est pas toi, Papa...
Patrice : Donc c'est un récit d'exploration mystérieuse d'un monde mystérieux avec un décor inattendu...
Sophie chantonne.
Patrice : Comme chez Altov et Jouravleva, Larionova a taché de décrire une faune et une flore vraiment étrangères. C'est intéressant ; c'est bien de la science-fiction des années 60, donc ça a vieilli, on n'en ferait plus de la comme ça, mais ça se lit tout seul. Les personnages sont vraiment intéressants.
Viktoriya : On peut le garder en réserve pour l'instant.
Patrice : Ensuite c'était Lidia Oboukhova avec Lilith. Un texte qu'on ne peut pas garder, car on l'a décrit comme un anti-space opera, qui se passe sur terre. Par principe, il faut l'exclure. Après, c'était Vladislav Krapivine, Je vais répondre à mon frère. Un texte psychologique intéressant, mais un brin naïf. Il part du principe que si pour un cosmonaute il s'écoule dix ans, sur Terre, c'est plusieurs siècle, et donc ledit cosmonaute sera amené à considérer le petit fils de son frère comme son frère, qu'il a laissé sur Terre.
Sophie danse comme Pocoyo autour du rocking chair.
Patrice : C'est un bon texte, mais pas un chef-d'oeuvre ; c'est un texte de jeunesse. Ensuite, c'est Kir Boulytchev avec Demie-vie, un texte du cycle de Pavlych. Pavlych et son équipage découvre l'épave d'un vaisseau ET inconnu. Pavlych est envoyé à bord car il est impossible pour le vaisseau terrien d'immobiliser cette immense carcasse. Et à bord il découvre le journal d'un femme des années 50 qui a été enlevée par les ET pour intégrer leur collection zoologique.
Viktoriya : Oui, c'est un très bon texte. C'est vraiment touchant. Ca commence sur Terre, par une scène concernant la fille de la femme enlevée.
Sophie : Chut... chut... chut...
Patrice : Tais-toi, toi.
Sophie : Mais non, mais c'est à moi, c'est mon téléphone.
Patrice : Ce n'est pas un téléphone, c'est un dictaphone.
Sophie : C'est à moi.
Patrice : Bon... euh...
Sophie, furieuse, s'en va avec l'assiette de raisin.
Viktoriya : Nous avons déjà publié du Pavlych, et ça me tenterait bien de le republier.
Patrice : J'ai bien aimé, et le final est inattendu. C'est à la fois un happy-end, et en même temps, ce n'en est pas un.
Viktoriya : Ce n'en est pas un.
Patrice : Si, au sens soviétique du terme. Mais chut, nous ne pouvons pas en parler ici. Ensuite, c'est Ariadna Gromova, avec Les Glègues.
Viktoriya : Non. L'idée est intéressante, avec une population qui créée un virus pour asservir une partie d'elle-même, mais...
Patrice : La traduction française est médiocre, mais il m'a semblé que le texte lui-même a des problèmes. On a tout une équipe de cosmonautes, mais pas un de se différencie de l'autre. C'est tout une équipe, mais une équipe de clones.
Viktoriya : J'ai l'impression que l'auteur ne faisait pas attention à cela, que seule l'idée l'intéressait.
Patrice : Mais du coup c'est gênant. Il était inutile de montrer une équipe. Un seul homme face à ce mystère suffisait. C'est maladroit. Ensuite, c'est Victor Koloupaev avec Les Balançoires d'Ermite.
Viktoriya : Si tu penses que celui-là n'est pas banal, pourquoi pas... Je connais encore trop mal la science-fiction occidentale.
Patrice : Cette idée de démembrement du temps de façon géographique me semble pas banal. Ca me fait penser à Ubik, de Dick. Mais présenter d'une manière différence. Comme par hasard, Ubik date de 1969, Koloupaev écrit en 1972. Dick n'était pas traduit en russe, et je ne pense pas que Koloupaev lisait l'anglais. C'est comment au niveau stylistique ?
Viktoriya : Rien à redire.
Patrice : Et au niveau psychologique ?
Viktoriya : Les personnages sont un peu standardisés. Là encore c'est l'idée qui prime. Mais comparons avec Ouragan de Rossokhovatski. Ca a été écrit à peu près à la même époque. Mais Ouragan, c'est psychologique, philosophique, poétique. Ca n'est pas dans la même optique. La science n'est pas au cœur d'Ouragan.
Patrice : Ce sont donc deux aspects différents de la SF. Pour moi, il faut mettre Ouragan, qui est un texte étonnant car il contient une part de fantasy. Même si c'est de la science-fiction. On est sur une planète, il y a un mystère... Mais quelque part, cela fait penser à certains vieux récits de SF américains issus des pulps, qui sont une forme de fantasy. Bref, un texte hors-normes. Mais il faut se méfier du hors-normes. Est-ce qu'on va présenter des textes hors-normes ou des textes typiques ?
Viktoriya : Les deux ! Il ne faut pas de limites. La chose principale est que ce soit dans l'espace, hors de la Terre. Je ne voudrais pas trop réduire le champ.
Patrice : Ensuite c'est Guenrikh Altov avec Icare et Dédale. Un texte héroïque. Le savant et le pilote aventurier qui embarquent chacun sur un vaisseau et qui vont traverser le soleil. C'est une célébration de l'exploit d'une façon épique. Donc la langue est belle : c'est lyrique, très très lyrique. Leonid Heller l'avait publié en français en disant qu'il était très réservé sur ce type de texte. Moi c'est plutôt le mien, car d'accord, c'est technique, mais il y a cette part de lyrisme importante, cette façon de vanter l'exploit.
Viktoriya : Mais on a déjà Altov. Et ce texte est déjà traduit deux fois. Sinon, comme texte historique, on avait Gourévitch, L'Infra du dragon, mais ça n'est franchement pas terrible.
Patrice : Non. Passons à Sergueï Drougal, Sur chaque arbre se trouve un oiseau. Un pilote doit emmener un riche chasseur sur un monde totalement vierge qui vient d'être découvert, car le chasseur s'est payé un safari personnel. Le chasseur est un type très détestable qui considère le pilote comme un larbin. Mais la biosphère de ce monde semble être conscience, et elle envoie des choses de plus en plus puissantes contre les deux humains, jusque ce que ça devienne extrêmement dangereux. C'est un texte relativement court, mais très fort. L'idée de la biosphère consciente fait penser à des choses de Lem. Ce n'est pas tout à fait neuf, mais c'est un thème rare. Et le final est étonnant. [nous passons ici sur la description de la fin, pour ne pas trop en dévoiler]
Viktoriya : C'est intéressant. Il faut le retenir.
Patrice : Après il y avait la série de petites nouvelles d'Ilya Varchavski, Dans le Cosmos. J'ai pris beaucoup de plaisir à lire ça, mais c'est très inégal. Certaines donnent vraiment l'impression d'être des notes de travail, alors que d'autres sont vraiment sympathiques. Sympathique, mais sans plus. Et puis il y a les trois récits qui se passent sur Mars, écrits par Dmitri Bilenkine. C'est écrit à l'époque où on a assimilé Ray Bradbury. Mais ça n'est pas le lointain espace. Ces trois textes là sont un peu à l'écart. Et il y manque l'émerveillement. De nos jours en tout cas. Le dernier, c'est Karen Simonian, un tout petit texte, De Service. Une famille, un homme, une femme et leur petit garçon sont sur un monde lointain, tous seuls. Le père doit observer les étoiles et capter éventuellement des signaux extraterrestres. Et le petit garçon s'ennuie. C'est très court, mais c'est très touchant. Et ça pourrait faire une conclusion idéale. Avec cette attente.
Viktoriya : Maintenant il faut faire des choix.
Patrice : La majeure partie sont des récits « planétaires ».
Viktoriya : Du coup Boulytchev ne rentre pas vraiment dedans. Il faut l'écarter.
Patrice : Ce ne sont pas les textes du cycle de Pavlych qui manquent : il y a moyen de faire quelque chose de plus que La Robe blanche de Cendrillon. Moi j'aimerai bien qu'un éditeur vienne un jour nous voir pour Le Village. Ce roman est vraiment très très bon. Il manque un tout petit truc pour que ce soit un chef-d'oeuvre, mais ça n'en est pas loin. C'est un roman touchant avec un final extraordinaire, et ce récit, Demie-vie, pourrait très bien aller en annexe. En tout cas, avec le reste, on aurait trois novellas et trois nouvelles. Sans doute 250 pages, à la louche.
Viktoriya : Et l'ordre des textes ?
Patrice : Il faut mettre Altov et Jouravleva en tête. Pour une raison stylistique. Son introduction : « C'était au temps où les astronautes partaient vers les étoiles, c'était au temps où on allait à l'aventure ». C'est un clin d'oeil quelque part car Altov et Jouravleva se placent dans le futur du futur. Et là, le lecteur se place dans le futur des écrivains eux-mêmes. « C'était au temps où l'on écrivait que les astronautes allaient dans l'espace. » Après, je ne sais pas. Je serai tenté de mettre Drougal en avant-dernier et Simonian en dernier. Drougal à cause de son final négatif, et Simonian parce qu'en deux pages il peut rattraper cette fin négative.
Viktoriya : D'accord. Bon, essayons.
Fin de l'enregistrement.
Et après délibération finale, voici le sommaire que nous proposerons aux éditeurs :
1. Guenrikh Altov et Valentina Jouravleva, La Ballade des étoiles ;
2. Igor Rossokhovatski, Ouragan ;
3. Victor Koloupaev, Les Balançoires d'Ermite ;
4. Olga Larionova, L'Accusation ;
5. Sergueï Drougal, Sur chaque arbre se trouve un oiseau ;
6. Karen A. Simonian, De Service.
19:56 Publié dans (a) Projet "Kosmoopera", (aut.) Dmitri Bilenkine, (aut.) Gueorgui Gourevitch, (aut.) Ilya Varchavski, (aut.) Ivan Efremov, (aut.) Karen Simonian, (aut.) Kir Boulytchev, (aut.) Olga Larionova, (aut.) Sergueï Drougal, Auteurs russes, Auteurs ukrainiens | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
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18/09/2011
Dmitri Bilenkine - Trois récits martiens - Projet "Kosmoopera" 18
Mars a évidemment autant inspiré les auteurs soviétiques que leurs homologues occidentaux. Mais alors même que l'un des romans fondateurs du genre en Russie, Aelita d'Alexeï Tolstoï, se passe précisément sur Mars, ce n'est pas lui qui va avoir le plus d'influence sur cette thématique, mais Les Chroniques martiennes de Ray Bradbury. La traduction de ce roman, en 1965, va avoir un impact considérable sur la science-fiction soviétique, et quelques années plus tard, quelques auteurs, comme Valeri Tsyganov en 1973 ou Leonid Panassenko en 1980 écriront des textes dans cette veine, en hommage à Bradbury.
Au final, il y aurait largement matière à composer une anthologie qui s'appellerait à juste titre Mars la Rouge. Mais celui qui aura le plus vite et surtout le mieux assimilé cette influence est clairement Dmitri Bilenkine, qui, tout au long de sa carrière, écrira au moins une demi-douzaine de récits « martiens ». Présentons-en d'emblée trois.
Le ressac de Mars (Марсианский прибой, 1966)
Un groupe d'exploration découvre accidentellement une « mer » de sable, et l'un de ses membres, Vanine, chute dedans. Surprise : il est possible d'y nager, la finesse des grains et la faible gravité conférant au sable des propriétés proches de celles des fluides. La découverte est en soi intéressante, mais la suite l'est encore plus, du fait que Vanine lui-même, en homme orgueilleux à l'excès, va tenter d'exploiter la gloire de sa trouvaille.
La pression de la vie (Давление жизни, 1970)
Svereguine est né handicapé. Bien que remarquablement intelligent, il ne peut vivre normalement du fait de la grande faiblesse de son corps. Le moindre effort le fait souffrir, et lorsqu'il était enfant, il dut supporter les railleries et le dédain de ses camarades. Mais le salut s'offre à lui sur Mars. Là, la faible pesanteur lui permet de vivre normalement. Mais de l'ivresse subite provoquée par cette nouvelle sensation va-t-il sortir quelque chose de bon ?
Les neiges de l'Olympe (Снега Олимпа, 1976)
Deux hommes, deux explorateurs, viennent de gravir le mont Olympe. Ce mont n'est pas n'importe quelle montagne, mais sans doute la plus haute de tout le système solaire, si haute son sommet dépasse l'atmosphère martienne. Et une fois au sommet, les deux hommes s'abandonnent à une réflexion sur leur exploit. Certes, comme il n'y a pas d'atmosphère, un hélicoptère n'aurait pu s'y poser, pas plus qu'une fusée du fait de l'exiguïté de l'endroit. Mais cela ne suffit pas, comme prétexte à cette action apparemment gratuite.
La Mars de Bilenkine est réaliste. Et c'est là un exploit, car écrites avant 1976, et donc avant les premiers atterrissages réellement réussis de sondes sur ce monde (Viking 1 et 2), Bilenkine n'a pu se contenter en guise de documentation que des quelques photographies de Mars 3 et Mars 5, de faible qualité, et des observations au télescope. Sa Mars est donc bien déserte : exit les civilisations dont l'âge se compte en millions d'années comme chez Burroughs, Brackett, ou bien pour les Soviétiques, chez Tolstoï ou Nevsinki. Mars est un monde mort, et finalement propre à la mélancolie.
De fait, les « héros » de Bilenkine sont eux-même anormaux. Ils peinent à trouver leur place dans la société, qu'ils soient simplement asociaux, ou handicapés. Seuls eux semble pouvoir trouver quelque beauté à la planète rouge, qui, autrement, n'est qu'un monde à conquérir et à exploiter. C'est en cela que Bilenkine se rapproche de Bradbury, en dehors de la simple localisation de l'action : il développe, avec un immense talent, une atmosphère étrange, poétique, et propose Mars comme une forme d'échappatoire à la Terre.
Une lecture de Patrice

11:05 Publié dans (a) Projet "Kosmoopera", (aut.) Dmitri Bilenkine | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
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29/06/2011
Dmitri Bilenkine
Dmitri Bilenkine (1933-1987) fut jusqu'à sa mort un des piliers de la science-fiction soviétique, et même s'il n'a écrit quasiment que des nouvelles (un seul roman en 1983), celles-ci sont très nombreuses, ses articles, à peine moins. A cela il faut ajouter cinq anthologies qu'il a dirigées.
Il fut aussi l'un des maîtres d'oeuvre du séminaire de Maleevka, dans les années, ce séminaire qui forma une partie importante des grands auteurs actuels.
Parallèlement, et suite à des études de géologie, Dmitri Bilenkine fut journaliste, comme nombre de ses confrères (dont Kir Boulytchev), pour la revue Autour du Monde (Vokroug Sveta).
De l'ensemble de son oeuvre, qui, fait rare à l'époque soviétique, s'intéresse souvent aux questions écologiques et environnementales, une poignée de nouvelles a été traduite, et la plupart prennent place dans l'espace (autre préoccupation de Bilenkine):
Sur un sentier poudreux (На пыльной тропинке, 1966), trad. anonyme, Etudes Soviétiques, 1966, n°214, p. 52-54; autre traduction: Viktoriya Lajoye, in Patrice Lajoye, Dimension URSS, 2009, Rivière Blanche.
Incident sur Oma (Случай на Оме, 1971), trad. Jacqueline Lahana, in Leonid Heller, Le Livre d'or de la science-fiction soviétique, 1984, Presses Pocket, p. 149-154.
Ces deux textes partagent une thématique commune, à savoir comme des hommes, imbus de leur anthropomorphisme, commettent des erreurs de jugement sur des créatures d'autres mondes, erreurs qui conduisent à des massacres.
Les Yeux étrangers (Чужие глаза, 1971 – et non 1967 comme indiqué dans la traduction française), trad. André Cabaret, Antarès, n°17, 1985, p. 34-45.
Encore une histoire d'erreur humaine, et terrible celle-là, impossible cependant d'en dire plus sans faire perdre tout son sel à cette nouvelle.
Je suis fait pour voler (Создан, чтобы летать, 1980; première version du texte: But: voler!, Цель – летать!, 1974), trad. T. Kh., Lettres Soviétiques, n°302, 1984, p. 39-47.
Un texte sympathique mais sans plus, sur la rencontre improbable entre un garçon et le cerveau électronique d'un vaisseau mis au musée et qui ressent le besoin impératif de voler.
Test d'intelligence (Проверка на разумность, 1972 – et non 1974 comme indiqué dans la traduction française), trad. André Cabaret, Antarès, n°21, 1986, p. 28-45.
Fardeau humain (Бремя человеческое, 1980), trad. Ilya Iskhakov, Lettres Soviétiques, n°277, 1982, p. 135-146; repris sous le titre Servitude humaine, in anthologie Les Descendants d'Orphée, 1987, Moscou, Radouga, p. 203-218.
Que se passerait-il si on donnait la parole aux animaux sans modifier leur intellect? Comment serions-nous capable de les comprendre, surtout lorsqu'on peut s'attacher à la fois au loup et à sa proie? Une idée fort et écriture solide au service d'un texte sensible.
Appâts terrestres (Земные приманки, 1974), trad. Varvara Mikhalkova, Lettres Soviétiques, n°336, 1986, p. 49-80.
Sur un mode journalistique, Bilenkine laisse deviner que divers phénomènes étranges, impliquant de bizarres oiseaux noirs et des disparitions d'énergie, sont vraisemblablement liés au passage sur la Terre d'extraterrestre. Il se dégage de ce texte une ambiance lourde, remarquable, jusqu'à ce que l'auteur gâche tout par une fin précipitée et terriblement « soviétique ».
15:53 Publié dans (aut.) Dmitri Bilenkine, Auteurs russes | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
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