26/01/2012
Le train zéro de Bouïda ressort chez L'Imaginaire
Nous avions dit le plus grand bien du court roman Le Train zéro de Iouri Bouïda, texte étrange et presque surréaliste sur les habitants d'une station coincée le long d'une ligne sur laquelle ne passe qu'un seul train, dont on ne sait d'où il vient ni où il va.
Or pour accompagner la parution ce mois-ci d'un nouveau roman de l'auteur, Potemkine ou le troisième coeur, les éditions Gallimard ont eu la bonne idée de faire reparaître Le Train zéro dans la collection L'Imaginaire; ce qui équivaut à une sortie en poche, à un coût réduit. Raison de plus pour ceux qui n'auraient pas encore franchi le pas, de découvrir cet auteur!
13:36 Publié dans (aut.) Iouri Bouïda, (éd.) Gallimard, Auteurs russes | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
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04/12/2010
Iouri Bouïda - Epitre à Madame ma main gauche
Iouri Bouïda nous revient en cette fin d'année avec un petit recueil de nouvelles (77 p.), publié aux éditions Interférences sous le titre d'Epitre à Madame ma main gauche. 77 pages, pour au total pas moins de 12 nouvelles. Nous avions déjà pu, lors de notre critique de La Fiancée prussienne, souligner le talent qu'a l'auteur d'en raconter beaucoup en très peu de mots: ce talent est ici largement confirmé.

Bouïda nous offre ici quelques tranches de vie, brèves, le plus souvent philosophiques et teintées de mélancholie. Il décrit un instant, une réflexion, quelque chose de tout simple mais de particulièrement touchant. Et c'est lorsqu'il touche au fantastique que son talent éclate encore plus. Ainsi, après la lecture de Onze pas, on se surprendra à considérer autrement le passage à l'heure d'hiver: saute-t-on une heure ou tout une vie? Dans Le Dernier, Dieu, dont on dit qu'il est présent au sein des 100000 personnes chargées de construire une tour devant atteindre le ciel, est finalement si inaccessible qu'il en finit par être réellement seul. Avec San-Madrico, vieux chauffagiste demi-clochard, le narrateur peut voyager parmi différentes époques. Mais les scènes qu'il voit sont-elles bien de notre univers? Et que dire du narrateur de Jesuisauprèsdetoi, qui, si attaché à son coin de verdure sale, déniché au fin fond d'une décharge, qu'il en viendra à fusionner avec lui?
Dans toutes ces histoires si diverses, Iouri Bouïda parvient à transformer le banal, le médiocre, le sale, en beauté lumineuse. Certes, ces textes sont moins durs que ceux de La Fiancée prussienne; on n'y retrouve pas cette terrible cruauté; mais ils sont tout aussi réussis, tout aussi forts.
15:14 Publié dans (aut.) Iouri Bouïda | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
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27/09/2010
Iouri Bouïda - Le Train zéro
Le Train zéro (dont le titre original est en fait Дон Домино – Don Domino, et qui n'est pas paru en 1997 contrairement à ce qu'indique le copyright, mais en 1994), premier court roman de Iouri Bouïda publié en français, et qui fut en son temps finaliste du Booker russe, Le Train zéro, donc, est-il un texte fantastique?

Il est permis d'en douter. Et pourtant. Imaginez une station de chemin de fer, qui porte juste un numéro, le 9, et qui ne doit son existence qu'à un seul train, le train zéro, qui tous les jours à minuit, passe sur la voie. Tous les jours, deux locomotives devant, puis cent wagons, puis deux locomotives derrière. Nul ne sait où il va, nul ne sait ce qu'il convoie.
Et l'auteur nous convie à jeter un œil à la vie des habitants de la station, ce coin perdu de Russie, vraisemblablement en Sibérie, un endroit glauque, froid et humide, une humidité qui oblige à un entretien constant de la voie et des rails menacés par la rouille. Quant aux habitants eux-mêmes? La lie de l'Union Soviétique. Des chiens mangeurs d'hommes (dont on dit qu'on les a réellement nourris de bouts de cadavres), des militaires dont un colonel qui fait office d'officier politique, des prostituées (les « femmes-troufions ») et de simples citoyens... enfin pas si simples que cela puisque le personnage principal, par exemple, n'est là que pour expier la faute de ses parents, qu'il n'a pourtant que peu connus, et qui ont été déclarés « ennemis du peuples » (et bien évidemment exécutés). Ce pauvre homme, sans cesse surveillé par le colonel, doit donc payer, être exemplaire, se racheter, un rachat lui restera toujours inaccessible.
Car cette station 9 est finalement un lieu mort. Tous sont là sans vraiment savoir à quoi ils servent. Juste entretenir la voie, permettre le passage sans faute du train. Mais quel train? Vers où? Avec quoi? Tous attendent l'ordre, qui viendra d'en haut et leur permettra de quitter les lieux. Un ordre qui ne viendra jamais. Et lorsque les communications seront coupées, que le train finalement ne passera plus, petit à petit la station se désertera, tombera en ruines. Ne restera plus qu'un vieux vieux couple et les chiens mangeurs d'hommes.
La Train zéro est-il un roman fantastique? Justifie-t-il sa place sur ce blog? Assurément oui, ne serait-ce que par la comparaison qu'on peut faire (et qui est d'ailleurs assumé par l'éditeur), avec le Désert des Tartares, de Buzzati. Cette attente perpétuelle, sans but, dans un isolement presque total, tout cela contribue à créer une ambiance qui se rapproche du fantastique, au point que certains éléments amènent le lecteur à douter de la réalité (comment donc, par exemple, le corps d'une femme enceinte allongée sur la voie pourrait-il faire dérailler à lui-seul le train?).
Quoi qu'il en soit, le lecteur tient avec ce court roman un fort beau texte, souvent poignant, un texte dur.
Il est remarquable que si ce roman a été traduit en diverses langues, il est de nos jours indisponible en Russie-même, sauf sur le blog de sur le site de son auteur, qui l'a gracieusement mis en ligne...
14:34 Publié dans (aut.) Iouri Bouïda, (éd.) Gallimard, Auteurs russes | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
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