09/11/2010
Deux ans!
Deux ans déjà! Deux ans d'activité que nous n'hésiterons pas à qualifier d'intense, puisque nous avons publié en moyenne une note tous les trois jours... Certes, beaucoup d'annonces diverses (y compris bien sûr d'auto-promotion); mais aussi et tout de même 34 vrais articles, 5 nouvelles mises en ligne (dont une inédite en français jusqu'alors), 81 critiques de livres (dont un très gros tiers de livres en russe, non traduits), 7 interviews (le plus souvent de notre fait), et, accessoirement, 5 critiques de films et une quinzaine d'annonces de prix. Ouf...
Il est temps de tirer un bilan de tout cela.
Commençons donc par la fréquentation: celle-ci est en augmentation constante, et merci à vous, lecteurs, de nous être fidèles! L'adhésion à Planète SF et la signalisation de certes notes importantes sur divers forums n'y sont pas pour rien. Histoire de ne rien cacher, en octobre 2010, nous en étions à 962 visiteurs uniques par mois, 4383 visiteurs, et surtout 11905 pages consultées.

Ces chiffres peuvent paraître modestes, mais pour un blog aussi ciblé que le notre, ils sont tout à fait satisfaisants. Ces visiteurs ont des provenances multiples, et on peut saluer la présence régulière de lecteurs russes et ukrainiens (plusieurs auteurs nous ont d'ailleurs signalés sur leurs blogs respectifs, ce qui fait évidemment plaisir).
Quant aux pages les plus consultés, elles sont à la fois prévisibles et étonnantes. Prévisibles car on y trouve bien évidemment tout ce qui tourne autour de Sergueï Loukianenko, dont les romans ont plutôt bien marché en France. Etonnantes, car au final, ce sont aussi les pages concernant les choses les plus anciennes, le vieux fantastique russe, qui arrivent en tête des consultations, et non les auteurs actuels, alors que nous avons multiplié les efforts pour présenter ces auteurs modernes, en critiquant leurs livres, en les interviewant, etc. Cette constatation est un brin désolante. Trahirait-elle un manque de curiosité du lectorat français? Nous y reviendrons.
Cette activité permanente a bien entendu un but: promouvoir cette riche littérature qu'est le fantastique russe, non seulement auprès des lecteurs, mais aussi auprès des éditeurs. Sur ce deuxième point, le bilan est plus contrasté. Certes il nous a été possible de développer ainsi un solide réseau de contacts avec les auteurs, parfois aussi avec leurs agents et leurs éditeurs. Certes aussi, à la suite de ces prises de contact, nous avons fait paraître deux anthologies chez Rivière Blanche, Dimension URSS et Dimension Russie (nous ne remercierons jamais assez Philippe Ward et Jean-Marc Lofficier, qui nous ont lancé ce défi!), la revue Galaxies a publié notre traduction d'une nouvelle de Vladimir Pokrovski, et sa consoeur Lunatique, tout un dossier sur les frères Strougatski. Au niveau des projets pour 2011, quelques uns sont déjà particulièrement bien avancés, avec un gros roman en deux tomes de Henry Lion Oldie chez Mnémos, un recueil de deux novella de Kir Boulytchev, un dossier avec quatre nouvelles inédites dans Galaxies, etc. C'est une donc année chargée qui s'annonce. Cependant, tout en étant satisfaisant, ce bilan montre qu'il y a encore beaucoup de travail à faire. En effet, si les retours critiques ont été nombreux concernant Dimension URSS, concernant des textes donc anciens, ils sont curieusement beaucoup plus rares concernant Dimension Russie, dont les textes ont tous moins de 20 ans. Un comble, alors que cette deuxième anthologie est finalement bien plus novatrice. Trop novatrice? De même, le roman à paraître des Oldie n'est pas de science-fiction, mais de fantasy. Seul le volume de Kir Boulytchev est de la SF, mais déjà ancienne.
Aucun autre des textes que nous avons présenté ici n'a trouvé preneur auprès des autres éditeurs, qu'ils soient petits ou grands, à l'exception du Bibliothécaire de Mikhaïl Elizarov, traduit chez Calmann Lévy par Françoise Mancip-Renaudie, et qui par ailleurs n'a finalement pas intégré la collection « Interstices » (où il aurait pourtant parfaitement pris sa place), mais simplement en « Littérature étrangère ». Il en va de même pour tous les textes fantastiques russes parus en France ces deux dernières années (car il y en a eu: nous avons tâché d'en rendre compte à chaque fois), que leurs auteurs se revendiquent du genre ou non: aucun n'est paru dans les collections spécialisées, dont les éditeurs se méfient toujours de ce qui n'est pas originellement en langue anglaise. Les seules exceptions étant finalement Métro 2033 de Gloukhovski chez L'Atalante, et surtout les trois romans des frères Strougatski dont nous avons révisé la traduction chez Denoël (un grand merci là encore à Gilles Dumay pour la confiance qu'il nous a accordé alors que nous ne faisions que débuter).
Alors quelles sont les perspectives d'avenir pour ce blog? Après tout, deux années, c'est bien court, surtout quand on songe que le dernier effort important fait envers la SF russophone en France remonte à la fin des années 1970/ début 1980, notamment sous la houlette de Jacqueline Lahana. Allons-nous laisser tomber la SF pure et dure, le space opera, le cyberpunk (finalement déjà assez peu présents), pour nous concentrer sur la Fantasy et le Fantastique ancien? Nous ne savons pas. À vous de nous le dire.
En attendant, nous continuons, et avec plaisir!
Viktoriya et Patrice
Pour fêter ce deuxième anniversaire, nous lancerons dès demain, avec la complicité de Rivière Blanche, un nouveau concours concernant cette fois-ci Dimension URSS. Il y aura quatre exemplaires à gagner, à compter d'un par jour, si vous répondez correctement aux questions posées. A demain !
11:35 Publié dans (aut.) Arkadi et Boris Strougatski, (aut.) Henry Lion Oldie, (aut.) Kir Boulytchev, (aut.) Mikhaïl Elizarov, (aut.) Sergueï Loukianenko, (aut.) Vladimir Pokrovski, (éd.) Calmann Lévy, (éd.) Denoël, (éd.) Eons, (éd.) Mnémos, Auteurs russes, Auteurs ukrainiens, Revues | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
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29/05/2010
Quelques informations diverses
Les éditions Calmann Lévy viennent tout juste de dévoiler la couverture du Bibliothécaire, de Mikhaïl Elizarov, à paraître en août prochain. La traduction sera de Françoise Mancip.

Sinon, du 19 au 22 mai dernier s'est tenu à Ekaterinbourg le 27e festival "Aelita", lequel a décerné le prix du même nom, le plus ancien prix en activité en Russie.
On donc été récompensés cette années:
Prix "Aelita": Andreï Lazartchouk.
Prix "Start": Ilya Te, pour le cycle Твердый Космос (L'Espace ferme).
Ilya Te avait déjà reçu le prix "débutant" de l'Interpresscon pour son roman La Prison pour le Seigneur Dieu (Тюрьма для Господа Бога), lequel fait partie de ce cycle.
Prix "Ivan Efremov": Nikolaï Romanetski.
27/04/2010
Mikhaïl Elizarov - Dessins animés
L’action de ce roman (ou plutôt povest', novella) se passe à l'époque soviétique, en 1987. Hermann Rymbaev, le personnage principal du roman, est un adolescent de 16 ans né dans une petite ville provinciale russe. Un jour, il déménage avec ses parents dans une grande ville industrielle et fait connaissance avec les ados de son quartier qui mènent une vie déréglée. Ils rançonnent les habitants, ils boivent de l'alcool, se livrent à la débauche, etc. Un jour, ils inventent un nouveau moyen de gagner de l'argent qu'ils appellent moultiki (dessins animés) : ils se divisent en deux groupes qui comprennent chacun 3-4 garçons et une fille. Le soir, ces groupes se promènent en ville. Dès qu’ils voient un homme seul ils s’arrêtent devant lui et la fille ouvre tout grand son manteau en montrant son corps nu. Après cela, les garçons posent la question à l’homme « As-tu vu les moultiki ? Alors, paye ! ». La plupart des hommes payent par peur de l'agressivité des ados. Ainsi, ceux-ci gagnent-ils par mois des sommes importantes et ce fait leur donne envie de continuer leur « travail ». Mais un soir, ils tombent sur un jeune homme qui après avoir été dévalisé par eux réussit malgré tout à appeler la milice et Hermann se retrouve dans le commissariat du quartier, où l'on s’occupe des jeunes délinquants et qui dès le début lui semble bien étrange.

Olga Danko, inspecteur, lui demande de dire les noms de ses copains et copines et de raconter comment ils dévalisaient les gens, mais Hermann refuse en disant qu’il n’y est pour rien et qu'il ne sait rien. Alors, l’inspecteur l’emmène dans une petite pièce qui est juste à côté de son bureau. La pièce est assez bizarre : on dirait une chambre d’enfant où des jouets traînent par terre, les murs sont tapissés de papiers à fleurs. Hermann essaye de regarder par la fenêtre mais ne voit qu’un vide noir. A ce moment-là il entend une voix, il se retourne et voit un homme sans âge. L’homme se présente comme étant Alexeï Razoumovski, pédagogue, et Hermann se souvient qu’il a vu ses photos (avec les photos d'autres pédagogues ayant travaillé sur des ados difficiles depuis le début du XXe siècle) sur le mur du bureau d’Olga Danko. Razoumovski parle très doucement et crée ainsi une ambiance assez étrange et mystérieuse. Il sort un projecteur de cinéma et propose à Hermann de voir des « moultiki », un film. En effet ce film est le parcours de Alexeï Razoumovski lui-même. Le film commence par l’époque où Alexeï avait huit ans et avait déjà commis des crimes terribles (il avait tué ses propres copains).
Disons-le d'emblée : Moultiki (Dessins animés), la nouvelle oeuvre de Mikhaïl Elizarov, ne marquera pas les esprits par la nouveauté de son propos. Il se veut en effet ni plus ni moins qu'une adaptation à l'URSS du célèbre roman Anthony Burgess, Orange mécanique.

La trame y est en effet la même : un adolescent vit au sein d'une bande avec laquelle il commet divers délits (certes on est ici loin de l'ultraviolence présentée par Burgess, mais pour l'Union Soviétique, les bornes sont tout de même largement dépassée). Pris sur le fait, il est confié à un éducateur qui va lui faire subir un véritable lavage de cerveau à l'aide d'une projection cinématographique.
Mais c'est là qu'intervient tout le talent d'Elizarov : son action se passe à l'époque soviétique, à une époque où la voie d'une personne est considérée comme tracée avant même sa naissance. Et là où chez Burgess, nous avons affaire à de la Science Fiction, avec une nouveauté technologique, chez Elizarov, nous touchons au Fantastique : on découvre en effet que le film montre bien des choses qui n'auraient jamais dues se retrouver sur la pellicule. Et que cette méthode semble exister depuis des générations, l'éducateur formant le futur éducateur, et ainsi de suite. Le procédé, servi par un style sec, précis (presque anatomique), et prenant un malin plaisir recycler des formules types du langage officiel soviétique (qui n'est pas la novlang d'Orwell, mais quelque chose de bien plus pesant), génère un sentiment de malaise assez prégnant. Ca n'est pas la révulsion qu'on peut avoir face à l'ultraviolence, mais quelque chose de plus profond, de plus intime, que chaque ex-soviétique peut ressentir. Et la fin, prévisible, est bien évidemment toute différente de celle du roman de Burgess, car une technique soviétique ne saurait échouer.
Espérons donc que Le Bibliothécaire, qui doit paraître chez Calmann-Lévy, remportera suffisament de succès pour permettre la traduction de celui-ci!
15:47 Publié dans (aut.) Mikhaïl Elizarov, (éd.) Ast, Auteurs russes, Auteurs ukrainiens | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
| Tags : elizarov, Елизаров, Мультики |
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