17/09/2013

Sigismund Krzyzanowski - Fantôme

Nous ne présenterons pas Sigismund Krzyzanowski. Auteur non publié des années 1920-1930, redécouvert très tardivement et dont l'oeuvre connaît maintenant le succès (au moins d'estime) qu'elle méritait largement, il est depuis plus années maintenant traduit petit à petit aux éditions Verdier qui ont bien du mérite de mener ainsi ce travail de fond.Krzyzhanowki.jpg

Fantôme, publié en 2012, est le dernier recueil en date. Ce bref recueil contient une poignée de nouvelles d'une grande cohérence, non seulement de par sa chronologie (tous les textes datent du début des années 1920), mais aussi de par son unité thématique et stylistique. L'ensemble des récits proposés – à quelques détails près – relève en effet non pas du fantastique, contrairement à ce qu'annonce l'éditeur, mais à l'absurde, voire au surréalisme. Le fantastique propose l'intrusion d'un élément de surnaturel dans le réel, tandis qu'ici, il n'y a plus du tout de réel. Le lecteur semble plongé dans les rêves et cauchemars de l'auteur. Ainsi voit-on un pianiste virtuose dont les doigts de la main droite prennent leur indépendance et s'enfuient, un orfèvre fabricant de points d'interrogation rongé petit à petit par un ver qu'il a extirpé de son propre corps, et bien d'autres choses encore plus étonnantes, jetées là comme autant de note prise au lever avant que les idées nocturnes ne s'effacent.

Le style de Sigismund Krzyzanowski se révèle ici déjà particulièrement brillant: des formules intelligentes, des descriptions hautes en couleur. On vit, on ressent ce que l'auteur a voulu décrire, et il se dégage à cette lecture comme un sentiment d'angoisse, de perdition. Cependant, il subsiste, pour adhérer pleinement à ce recueil, un gros obstacle: la quasi-absence de clé de compréhension. Certes, l'auteur multiplie les allusions à son époque, mais des allusions obscures, qui nécessitent une grande connaissance du contexte d'alors pour les saisir. Et pour le coup, l'on se retrouve régulièrement à ce demander: mais qu'a donc bien pu vouloir dire Sigismund Krzyzanowski?

 

Sigismund Krzyzanowski

Fantôme

trad. Luba Jurgenson

2012, éditions Verdier

 

Une lecture de Patrice

14/02/2012

Anne-Marie Tatsis-Botton remporte le prix Russophonie

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C'est avec plaisir que nous apprenons qu'Anne-Marie Tatsis-Botton a remporté le prix Russophonie 2012, décerné à la fin de janvier dernier par la Fondation Eltsine et l'Association France-Oural, prix qui récompense la meilleure traduction en français d'une oeuvre littéraire russe.

Cette récompense nous intéresse d'autant plus qu'elle concerne une oeuvre de science-fiction: Souvenirs du futur, de Sigismund Krzyzanowski, roman basé sur le thème du voyage dans le temps et publié l'année dernière chez Verdier. Bien évidemment, nous en parlerons sous peu. En attendant, toutes nos félicitations à la lauréate!

31/01/2012

Sigismund Krzyzanowski - Le Marque-page

Krzyzanowski.jpgJusqu'ici, nous ne connaissions Sigismund Krzyzanowski (prononcez Krjyjanovski) que de nom et de réputation. Nous avions donc une importante lacune à combler, visiblement, étant donné les louanges que cet auteur, mort oublié de tous en 1950, a pu recevoir depuis sa redécouverte à la fin des années 80. Alors, quitte à se lancer dans l'oeuvre d'un auteur, autant commencer par le premier volume paru, même s'il ne contient pas nécessairement les premiers textes écrits. Voici donc Le Marque-page, un recueil publié par chez Verdier en 1991 ; six nouvelles fantastiques, écrites de 1926 et 1939, et systématiquement interdites de publication. C'est d'ailleurs cela que Krzyzanowski met en scène dans la nouvelle éponyme qui ouvre le recueil, où il décrit la rencontre entre un narrateur anonyme et un « attrapeur de thèmes », un écrivain talentueux qui malgré tous ses efforts, ne parvient pas à publier quoi que ce soit, en dépit de son don de pouvoir saisir dans le moindre élément de décors ou de vie courante un thème pouvant servir à une nouvelle ou un récit. Le Marque-page, en tant que récit sans doute largement autobiographique offre une belle entrée en matière : de belles images, de belles phrases, un ton malgré tout jamais désespéré, et surtout une assez étonnante modernité, ou du moins une absence d'éléments datants qui lui offre un caractère intemporel.

Les cinq autres textes oscillent eux entre le plus classique (La Superficine) et l'étonnant (Dans la Pupille), ce dernier rappelant par exemple ce qui a pu se produire en France sous l'étiquette du mouvement Panique (Arrabal, Topor, Jodorowsky, Sternberg, Ruellan, etc.) : du fantastique, certes, mais aussi du grotesque, de l'humour, de la poésie. Ce que dans les pages de la défunte revue Fiction, dans les années 60, on appelait tout simplement « Insolite ». Un réalisme terrible aussi, comme avec La Treizième catégorie de la raison, qui montre bien qu'un cadavre ambulant au sein d'une société frénétique, d'une foule, passe totalement inaperçu : comme si nous n'étions tous que des morts animés.

Le Marque-page est donc effectivement une bien belle surprise. Krzyzanowski possède une écriture subtile, un sens de la formule aiguisé (on pourrait tirer de ses récits nombre d'aphorismes), et surtout des idées déroutantes et en même temps riche de sens.

 

Sigismund Krzyzanowski

Le Marque-page

Traduction de Catherine Perrel et Elena Rolland-Maïski

1991 (rééd. 2005), Verdier

 

Une lecture de Patrice