17/05/2012

Quelques prix décernés à l'Interpresscon

 

C'est la saison des prix, et il y a un peu moins de deux semaines s'est tenu la 23e InterpressCon, à Saint-Pétersbourg. Celle-ci fut l'occasion de la remise du prix homonyme, mais aussi de l'Escargot de Bronze, décerné par Boris Strougatski, du prix Polden' 2012, décerné par la revue Polden' XXI vek (Midi, 21e siècle), et du prix Beliaev. En voici les principaux résultats.

 

Zonis.jpgPrix InterpressCon :

 

Meilleur roman : Ioulia Zonis, L'Inquisiteur et la nymphe (Инквизитор и нимфа, Ast, 2011)

 

Meilleure novella (povest') : Sviatoslav Loguinov, L'Or de Medyn (Медынское золото, dans le recueil Ось мира - Медынское золото, L'Axe du monde – L'Or de Medyn, Eksmo, 2011)Loguinov.jpg

 

Meilleure nouvelle : Ioulia Zonis et Ina Goldin, Ignis fatuus (Polden' XXI vek, novembre 2011)

 

Micro-nouvelle : Leonid Kaganov, Lettre du bonheur (Письмо счастья, Parallel n°1, 2012)

Parallel est une toute nouvelle revue, qui, pour son premier numéro, a fait le choix de publier un grand nombre de micro-nouvelles d'une ou deux pages, dont beaucoup de Marina et Sergueï Diatchenko. Souhaitons-lui bonne chance !

 

Premier roman : Anna et Oleg Semirol, Demi-pas vers le ciel (Полшага до неба, Ast, 2011)

Beaucoup de fantasy pour ce palmarès, si l'on excepte la nouvelle de Ioulia Zonis et Ina Goldin ainsi que la blague de Leonid Kaganov...

 

Prix Escargot de Bronze

 

Prilepine.jpgMeilleur roman : Zakhar Prilepine, Singe noir (Черная обезьяна, Ast, 2011).

Cette fois-ci, Boris Strougatski a donc choisi de récompenser un thriller d'un auteur déjà traduit en France pour ses romans réalistes. Un choix qui ne doit pas surprendre tant Boris est de plus enclin à s'inquiéter de notre monde plutôt que des espaces lointains.

 

Meilleure novella : Andreï Ismaïlov, Le Jeu de la boîte (Игра в ящик, Polden' XXI vek, juillet 2011)

 

Prix Polden' 2012 :

 

Prose : Alexandre Jytynski, Sables mouvants (Плывун, Gelikon Plus, 2011).

14/05/2011

Les prix Interpresscon et Escargot de Bronze 2011

Du 6 au 9 mai dernier s'est tenu à Saint-Pétersbourg l'autre grande convention de l'Imaginaire russe (la première étant la Roscon à Moscou), l'Interpresscon, une convention qui fut comme à l'accoutumée l'occasion de remettre des prix: l'Interpresscon, l'Escargot de Bronze (prix décerné par Boris Strougatski), le prix Polden' (prix décerné par la revue Polden' XXI vek), et le prix Beliaev.

Nous ne donnerons que les résultats des deux plus importants, l'Interpresscon et l'Escargot de Bronze, les autres étant moins susceptibles de toucher un public autre que russophone.

Prix Interpresscon

Catégorie "Roman":

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Marina et Sergueï Diatchenko, L’émigrant, ou Brevi finietur (Мигрант, или Brevi finietur, 2010, Eksmo). Un roman signalé récemment par la revue américaine Locus.

Catégorie "Novella" ("Povest'):

 

Sviatoslav Loguinov, "L’axe du monde" ("Ось мира", Esli, 2010, n°3).

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Catégorie nouvelle :

Henry Lion Oldie, "Le rire du dragon" ("Смех дракона", Esli, 2010, n°3).

 

Prix Escargot de Bronze

 

Catégorie roman :

Tim Skorenko, Le Jardin de Jérôme Bosch (Сад Иеронима Босха, 2011, Snejniy kom).

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Catégorie novella (povest’) :

Alekseï Loukianov, "Haute pression" ("Высокое давление", Polden’, XXI vek, 2010, n°1). Notons au passage que Boris Strougatski a de la suite dans les idées puisqu'il avait déjà primé cet auteur en 2009.

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Catégorie nouvelle :

Maria Galina, "Soyez les bienvenus dans un beau pays !" ("Добро пожаловать в прекрасную страну!", Esli, 2010, n°8).

27/07/2009

Sviatoslav Loguinov - Le Dieu aux multiples mains du dalaïne

Nous vous parlions il y a quelques temps d'un roman diablement intéressant de Sviatoslav Loguinov. De fait, cet auteur dont le nom est totalement inconnu en France, est pourtant l'un de ceux qu'il faut suivre attentivement, et son roman Le Dieu aux multiples mains du dalaïne (Многорукий бог далайна - 1994), confirme cet a priori.

Il faut dire que ce récit semble bien en passe de devenir un classique: déjà quatre rééditions, pour un total de 67000 exemplaires, malheureusement sous des couvertures toutes plus hideuses les unes que les autres, dont voici la moins moche:

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A l'origine des temps, Tenguèr vit seul sur un aldan-tèssègue, au milieu de l'espace, réfléchissant à l'éternité, et au fait que celle-ci est tout de même fort longue. Surgit alors Iorool-Gouï, créature hideuse, aux multiples mains, qui désire d'emblée prendre la place de Tenguèr. Mais le combat qui s'ensuit n'a ni vainqueur, ni vaincu, car les deux protagonistes sont immortels et invulnérables. Iorool-Gouï demande alors à Tenguèr, en guise de dédommagement à son renoncement, de lui créer une mer (dalaïne) remplie de créatures dont il pourra se nourrir. Tenguèr accepte, mais dit qu'en contrepartie, il y créera des îles (oroïkhons). Iorool-Gouï désire alors que ces îles soient elles-aussi peuplées de créatures qu'il pourra dévorer.

Tenguère accepte encore, mais annonce qu'à chaque génération, il se trouvera un homme capable de faire surgir des îles (l'ilbètch), et ainsi, l'espace vital d'Iorool-Gouï se réduira inexorablement.

Le roman nous invite donc à suivre le destin de Chooran, le nouvel ilbètch. Ce destin prend place dans une société morcellée d'île en île, dont la population vit dans la misère, les îles étant trop petite et la mer particulièrement cruelle: régulièrement, Iorool-Gouï surgit pour ravager une terre. C'est ce qui arrive à l'île où se trouvent Chooran et sa mère, poussés ainsi à l'exil et à une vie encore plus misérable.

Prenant connaissance de ses pouvoirs grâce à l'ilbètch de la génération précédente, Chooran va tenter d'améliorer les choses pour son petit monde, en faisant surgir de nouvelles terres. Mais celles-ci font l'objet de la convoitise de toutes les formes de pouvoir existantes. Les guerres s'enchaînent et la pauvreté s'accroît encore. Pire, on se lance à la recherche de l'ilbèche, condamné ainsi à vivre secrètement.

Le Dieu aux multiples mains de dalaïne n'est ainsi pas sans rappeler Terremer, d'Ursula Leguin, pour son cadre, mais le ton et le propos sont finalement tout à fait différents. Sviatoslav Loguinov utilise abondamment la riche mythologie mongole et bouriate, pour en retenir le vocabulaire, et surtout la pensée cosmologique: c'est la conception même du monde de Chooran qui est fantastique, alors que la société humaine qu'il porte ne connaît ni magie, ni pouvoirs fabuleux, en dehors de celui de l'ilbètch, voulu par la démiurge.

Cet ilbètch est un personnage profondément dramatique. C'est-là le coeur du propos de Loguinov: une personne qui sort du rang dans une société en développement, d'un point de vue moral et spirituel, est condamnée au malheur, à devenir un marginal: elle sera détestée de tous et finalement transformée en monstre, en intrus.

Ce roman est donc à la foi d'une grande richesse au niveau du cadre, mais aussi de ses personnages, ou plutôt de son personnage, un être fascinant au destin tragique.