30/07/2012
Viatcheslav Rybakov - L'Antigrav "Tsarévitch"
Viatcheslav Rybakov est un auteur auquel nous faisons régulièrement allusion sur ce blog, puisqu'il reçoit régulièrement des prix, et jouit du statut d'auteur reconnu. Pour autant, nous n'avions pas encore eu l'occasion d'aborder un de ses romans, nous limitant pour l'instant à son unique nouvelle traduite en français. Il était temps de réparer cette lacune avec L'Antigrav « Tsarévitch » (Гравилет «Цесаревич», 1993).
L'action de ce roman se passe dans l'équivalent temporel de la Russie post-soviétique, à la différence près qu'aucune Révolution n'a eu lieu et qu'un tsar y règne toujours. Le niveau culturel et scientifique est le même que le nôtre, et même un peu plus avancé, en revanche les relations avec les gens sont menées comme elles l'étaient au début du XXe siècle, avec un ordre social inchangé. Malgré cela, la population semble heureuse, tout est calme, la paix règne dans le monde d'une façon remarquablement stable. Il existe même un programme spatial commun entre la Russie et les USA. Pour autant, le mot communisme existe et désigne une religion, pacifique et portée sur la générosité et l'entraide.
Le personnage principal est le prince Alexandre Troubetskoï, colonel, chef du MGB, le Ministère pour la Sécurité de l'Etat. Il est en vacances lorsqu'il reçoit un message lui demandant de revenir le plus vite possible en raison d'un problème. Il découvre que le fils du tsar a été tué dans ce qui est visible un attentat. La victime devait prendre un antigrav pour aller dans l'espace, mais l'engin a explosé. Troubetskoï est chargé de l'enquête.
Il se rend dans une petite ville où se trouve le cosmodrome d'où l'antigrav devait partir. Il y interroge tout le monde et découvre le coupable dans un hôpital, où l'on pense qu'il s'agit d'un drogué. Mais le personnage avoue détester le tsar. Pourtant son attitude reste étrange. Son regard dévoile un certain trouble, comme s'il était influencé psychiquement. Troubetskoï demande à ses employés d'enquêter dans les archives, d'y rechercher la trace d'attentats similaires depuis le XIXe siècle. Quelques temps plus tard, quelqu'un attaque le patriarche des communistes, à Simbirsk. Troubetskoï se charge aussi de cette enquête et découvre qu'un certain Bénia, ancien criminel, a fait connaissance avec une secte qui l'a utilisé contre le patriarche.
L'Antigrav « Tsarévitch » est l'une des premières, si ce n'est la première, uchronie russe. Elle eut l'heur de paraître dans Neva, une des plus prestigieuses revues littéraires du pays – et non comme on pourrait s'y attendre dans une revue de science-fiction – et elle rafla très vite une série de prix impressionnante : Interpresscon 1994 ; Escargot de Bronze 1994 ; Grand Anneau 1993 ; Epées (Kiev) 1995 ; Prix Beliaev 1995. Il faut dire que c'est particulièrement mérité. Ecrit juste après la chute de l'URSS et donc publié lors d'une période particulièrement tendue, durant laquelle nombre d'écrivains menaient une large réflexion sur l'évolution à venir de la Russie, entre progrès et chaos, Rybakov bâtit son propre propos dans la lignée de celui des frères Strougatski – rappelons que Rybakov fut un des élèves du séminaires pétersbourgeois tenu par Boris Strougatski. Comme eux, il fustige la médiocrité petit-bourgeoise. Pour autant, il dénonce le caractère brutal du mouvement révolutionnaire et s'interroge sur les raisons de sa naissance. Sans condamner le communisme en tant que tel, dont il relève les valeurs humanistes, il condamne la violence qu'il a porté. Pour Rybakov, tout devrait se passer selon des moyens pacifiques : rien n'excuse les attentats ou les révolutions.
Et pour mener tout cela à terme sans que son récit n'en devienne qu'un pamphlet didactique, Rybakov – lui-même historien orientaliste spécialiste de la Chine ancienne – construit donc une uchronie, elle-même insérée dans un système d'univers parallèles. Tout ces éléments cumulés font de L'Antigrav « Tsarévitch » un grand roman dont la lecture est on ne peut plus recommandable.
Une lecture de Viktoriya
12:22 Publié dans (aut.) Viatcheslav Rybakov, Auteurs russes | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
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21/01/2012
Viatcheslav Rybakov - Mikhaïl Poukhov - Victor Koloupaev
Viatcheslav Rybarov (né en 1954), est actuellement un des grands noms de la SF russe. Universitaire, orientaliste, il est un des élèves de Boris Strougatski qui a le mieux réussi, avec 15 romans publiés à ce jour et paradoxalement, à peine plus de nouvelles. A ce titre, nous voulions l'intégrer au sommaire de Dimension Russie, sans succès hélas. Ce qui fait qu'à l'heure actuelle, une seule de ses nouvelles a été traduite en français :
La Grande sécheresse (Великая сушь, 1979), trad. Ilya Iskhakov, Lettres Soviétiques n°318, 1985, p. 104-116.
Dans un très lointain future, l'Humanité se répand dans l'univers, lequel s'avère être désespérement vide de formes de vie intelligentes. Un texte qui hélas n'est pas parfait, mais se montre toutefois très prometteur.
Mikhaïl Poukhov (1944-1995) fait partie de ces nombreux auteurs de la « quatrième vague » de la SF soviétique, de ceux qui ne purent jamais écrire et encore moins publier un roman. Docteur en physique et en mathématique, il fut aussi traducteur de l'anglais, du polonais et du bulgare. C'est à ce titre qu'il s'est notamment attaqué à La Chasse au Snark de Lewis Caroll. Une seule de ses pourtant nombreuses nouvelles a été traduite en français :
Le Terminateur (Терминатор, 1978), trad. T. Khatchatouriants, Lettres Soviétiques n°277, 1982, p. 69-79.
Une histoire assez surprenante de vaisseau spatial dirigé par un cyborg, un homme cliniquement mort, maintenant privé de corps. Evidemment, rien ne se passera comme il le faudrait.
Aussi surprenant que cela soit, alors même que nous avons intégré un de ses textes dans notre anthologie Dimension URSS, nous n'avons encore jamais fait le point des publications en français de Victor Kopoulaev (1936-2001). Celui-ci, ingénieur né en Yakoutie mais ayant passé une bonne partie de sa vie à Tomsk. Deux de ses nouvelles ont donc été traduite en français :
Quels drôles d'arbres (Какие смешные деревья, 1975), trad. Harald Lusternik, Lettres Soviétiques n°302, 1984, p. 59-66 ; révisé et repris dans Patrice Lajoye, Dimension URSS, 2009, Rivière Blanche.
Le Silence (Молчание, 1977), trad. T. Khatchatouriants, Lettres Soviétiques n°277, 1982, p. 99-107.
Cette nouvelle courte est surprenante elle aussi en ce sens qu'elle est finalement très mystique, décrivant un sculpteur capable de susciter des émissions dans l'esprit des gens.
14:19 Publié dans (aut.) Viatcheslav Rybakov, (aut.) Victor Koloupaev, Auteurs russes | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
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