23/02/2013
Viktor Pelevine - Generation "P" (Homo zapiens)
Voilà longtemps que nous n'avions pas parlé de Viktor Pelevine. Certes il ne s'agira pas ici d'aborder un de ses œuvres les plus récentes, mais il se trouve que XXX ans après sa publication, Génération P (Generation «П», 1999, traduit en français par Galia Ackerman et Pierre Lorrain sous le titre Homo zapiens) n'a pas pris une ride.
Après un bref récit lui permettant d'encrer sa réflexion du la génération « Pepsi », celle des années 70, Pelevine nous replonge dans les années 90, l'époque de Eltsine, quand la libéralisation de l'économie s'accompagnait de l'enrichissement phénoménal d'un petit groupe de magouillards proches du pouvoir, et de l'appauvrissement du reste de la population.
Vavilene Tatarski, le personnage principal, est un jeune diplômé de l'Institut de Littérature. Comme la plupart des jeunes gens de cette époque, il n'arrive pas à trouver du travail correspondant à son diplôme et il est obligé de travailler comme vendeur dans un débit qui fait commerce d'alcool et d'autres boissons. Le propriétaire de ce débit est Ḥussayn, un bandit tchetchène dont l'activité commerciale est assez obscure.
Un jour, Tatarski rencontre Morkovine, un ancien camarade de fac. Ce dernier le met en contact avec une société publicitaire qui crée des slogans pour de riches clients. Puis Tatarski retrouve par hasard dans son appartement une chemise qui contient un texte sur la déesse Ishtar dont les objets rituels sont un miroir, un masque et une tue-mouche. Quelque temps plus tard, il rencontre son ancien ami Andreï Guireev qui lui offre des tue-mouches séchées, qui exercent sur lui une influence bizarre : il perd le contrôle de lui-même et il se retrouve dans un endroit qui lui rappelle une ziggourat de l'époque du culte d'Ishtar. Après cet incident il se sent plus à l'aise dans son travail et peu à peu se fait connaître. Le travail en question ? Adapter la publicité de marchandises étrangères à la mentalité russe, et Tatarski y parvient avec succès.
Un jour, il se promène dans lMoscou et découvre un petit magasin portant le nom d'« Ishtar ». Tatarski y achète un tee-shirt à une image du Che Guevara et une planche de Ouija. Revenu chez lui, Tatarski décide d'appeler l'esprit du Che pour savoir quelque chose de nouveau dans le domaine de publicité. La planche travaille toute la nuit et avance une théorie de la transformation de l'homme, d'Homo sapiens en Homo zapiens.
Bien plus tard, Tatarski fait carrière et se retrouve enfin dans une société publicitaire où il travaille comme créateur d'une réalité télévisée qui remplace la réalité environnante : cette société crée des images télévisées d'hommes d'Etat et crée la vie politique elle-même du pays à l'aide d'images numériques. Tatarski travaille dans le département des matériaux compromettants. En fait, les hommes politiques que la télé montre n'existent pas, ce ne sont que des images crées par un puissant ordinateur. Le pays est dirigé par des politiciens et des oligarques crées par des spécialistes de la 3D. Tatarski voudrait bien savoir qui détermine la la ligne politique et économique mondiale mais Morkovine lui interdit de penser à ce sujet.
Génération P travaille sur plusieurs plans. Un de ses thèmes principaux porte sur la génération de ceux qui sont nés dans les années 1970 et qui se sont trouvés « perdus » et « en souffrance » dans les années 1990, après la chute de l'URSS. Tatarski, comme la plupart de jeunes gens de cette époque-là, vit dans un pays où la vie ancienne chargée de symboles soviétiques n'existe plus, quand la nouvelle vie qui devrait la remplacer est tellement obscure et incertaine que l'homme se perd, se retrouve dans le vide. Le personnage principal réfléchit sur le sens de la vie, sur l'idée nationale. L'autre thème important que Pelevine aborde est l'influence des masses média, et notamment de la publicité, sur notre vie. La publicité manipule la conscience des gens, les transforme en Homo zapiens, l'homme dépend des simulacres que la télé et les masses média propagent. Ces simulacres créent l'image d'une personne heureuse qui est obligée d'acheter des voitures, des vêtements, etc. pour impressionner des autres, pour qu'on le considère comme personne réussie et heureuse. Ce roman offre une parodie des slogans publicitaires, notamment grâce à ceux que créée Tatarski, absurdes, hypertrophiés.
Une lecture de Viktoriya
11:16 Publié dans (aut.) Viktor Pelevine, Auteurs russes | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
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03/12/2011
Un nouveau roman de Viktor Pelevine
Cela vient de sortir en Russie, il y a tout juste quelques jours: un nouveau roman de Viktor Pelevine. Cela s'appelle S.N.U.F.F., et si l'éditeur a été particulièrement avare en informations, au moins sait-on qu'il s'agirait d'une utopie. Mais avec Pelevine, il faut s'attendre à tout.
Nous tâcherons de vous en dire plus dès que nous nous le serons procuré.

12:13 Publié dans (aut.) Viktor Pelevine, (éd.) Eksmo, Auteurs russes | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
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28/05/2011
Viktor Pelevine - Un Monde de cristal
De 1991 à 1996, Viktor Pelevine a publié plus de trente nouvelles. On peut de ce fait le qualifier d’auteur prolifique. De l’ensemble de ce corpus, seules six textes, qui composent le recueil Un Monde de cristal (Seuil, 1999), ont été traduits. Mais ne boudons pas notre plaisir : c’est déjà bien, étant donné qu’en France, les recueils de nouvelles sont réputés ne pas se vendre.

D’autant plus que ces six textes sont finalement bien représentatifs de l’oeuvre de Pelevine, une oeuvre multiforme qui peut lorgner sur le fantastique classique, sur le surréalisme, sur le réalisme fantastique, bref, un inclassable, un trans-fictionnel dont le propos, souvent gorgé de références culturelles multiples, se double d’un véritable talent littéraire.
Ainsi, Un Monde de cristal (Хрустальный мир, 1991), nous invite à suivre la patrouille de deux hussard dans le Saint-Pétersbourg de 1917, juste avant la Révolution. Il fait nuit, les réverbères tranchent à peine dans la brume. Mais ce que vont voir nos deux soldats relève-t-il du surnaturel, ou de la cocaïne qu’ils sniffent sans mesure ? Ce très beau texte baigne dans une ambiance fantastique dans tous les sens du terme : Pelevine a l’art de mettre en place une ambiance particulière, de planter un décor qui finalement importe plus que les acteurs.
Le Tambourin de l’au-delà (en fait, Le Tambourin du monde supérieur, Бубен Верхнего мира – 1993 -, titre qui fait écho à une autre nouvelle, Le Tambourin du monde inférieur, non traduite), contraste immédiatement, par son ambiance plus réaliste, par son fantastique plus immédiat. Deux jeunes femmes, accompagnées d’une vieille chamane de Sibérie, se rendent en pleine forêt, en un endroit où, durant la Seconde Guerre mondiale, un avion allemand s’est écrasé avec ses occupants. Le réalisme de cette histoire tranche avec l’irréalisme du propos, et cette confrontation donne un texte d’une richesse pour le moins inattendue. Sans doute une des meilleurs nouvelles du recueil.
Milieu de partie (en fait Mittelspiel – en allemand dans le texte, Миттельшпиль, 1991), est construit un peu de la même manière, bien que sa fin, plongeant dans l’absurde, soit pour le moins déconcertante. Mais là encore Pelevine brille par son art de l’ambiance, ici celle des grands hôtels moscovites pour touristes et d’une classe particulière des gens qui y travaillent : les prostituées.
Nika (Ника, 1991), est un fantastique exercice de style. Mais avec qui donc vit le narrateur ? Une femme, ou une chatte ? Jusqu’au bout, il est permit de douter. Jusqu’au bout on peut être troublé par la sensualité dégagée par ce texte, qui, paradoxalement, est le plus réaliste de l’ensemble...
… Alors qu’on replonge, sans le savoir immédiatement, dans le fantastique le plus brut, avec Les Nouvelles du Népal (Вести из Непала, 1991), texte qui semble prendre place dans une étrange fabrique soviétique, dont on ne sait finalement pas trop ce qu’elle produit, tandis que l’héroïne est elle-même, paradoxalement, « ingénieur aux projets de rationalisation ». Du rationalisme, ici, on n’en trouvera peu avec cette nouvelle finalement dure, très dure.
Le seul échec de ce recueil est en définitive Le Réverbère bleu (Синий фонарь, 1991), que nous avons été incapables de comprendre. Fort heureusement, c’est aussi le plus court du lot, ce qui fait que la lecteur de l’ensemble n’en a pas été gâchée.
Six nouvelles, donc, six oeuvres de jeunesse, et au final un recueil qui vaut vraiment le détour. Bien que présentant des thèmes et des idées peu abordables, il est d’une facilité de lecture déconcertante. C’est peut-être à cela que l’on reconnaît les grands auteurs...
On notera pour finir que, comme un clin d’oeil, les deux recueils originaux qui contenaient ces nouvelles (en fait deux tomes d’un même recueil intitulé paru chez Terra en 1996) reprennent trait pour trait la maquette des livres de science-fiction édités par Detskaya Literatoura durant les deux dernières décennies de l’époque soviétique. Or il en est finalement beaucoup question, de cette époque, chez Pelevine.

Une lecture de Patrice.
13:17 Publié dans (aut.) Viktor Pelevine, (éd.) Seuil, Auteurs russes | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
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