13/03/2012
Vladislav Krapivine - Le Chat qui chante dans l'arbre argenté
Kapa, un minuscule extraterrestre ayant la forme d'une goutte scintillante, volant dans l'espace, se perd et se retrouve sur Terre. Ayant la faculté de parler, il y fait connaissance avec des garçons et des filles de 8 à 11 ans. Parmi eux, Marconi, doué d'une remarquable intelligence, parvient à lui donner l'apparence d'un garçon de son âge, à l'aide d'une machine de son invention, bricolée dans un grenier. Ici commencent alors les aventures de Kapa, Marconi et leurs amis.
Dans la même ville habite Pim-Kapytytch, une créature ayant à peine l'apparence humaine, de petite taille. Il est très gentil mais vit isolé, presque en ermite. Seuls les enfants viennent le voir, et un jour ils lui offrent un chat. Lorsque l'automne approche et qu'il faut retourner à l'école, Kapa doit retourner chez lui. Marconi se retrouve alors obligé d'inventer quelque chose qui puisse permettre ce retour. Cependant, l'engin ainsi construit projette par erreur le chat à la place de l'extraterrestre.

Appartenant au cycle du « Grand Cristal », Le Chat qui chante dans l'arbre argenté (Серебристое дерево с поющим котом, 1993) de Vladislav Krapivine, s'adresse cependant à un public plus jeune que celui des romans déjà présentés ici, donc à des lecteurs de moins de onze ans. Vladislav Krapivine ne s'embarrasse ici pas de vraisemblance : les événements étonnants se succèdent et par exemple les appareils créés par Marconi tiennent plus du miracle que de la science.
Notons qu'on chercherait en vain un grand méchant : tout juste trouve-t-on un obstacle (plus qu'un adversaire), à savoir un commerçant qui tente de s'immiscer dans la vie des enfants. C'est le seul adulte de l'histoire, et finalement le seul personnage un peu négatif. Krapivine semble au passage idéaliser le temps de l'enfance, plus libre que celui de l'âge adulte.
Avec son style simple, son intrigue basée sur une série de rebondissements, Le Chat qui chante dans l'arbre argenté est un livre de pure détente, bien agréable, à mille lieues de ce qu'on peut donner à lire actuellement aux 7-11 ans.
Une lecture de Viktoriya
07:30 Publié dans (aut.) Vladislav Krapivine, (éd.) Ast, Auteurs russes, Littérature jeunesse | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
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01/11/2011
Vladislav Krapivine - Le Poste sur le champ des ancres
Le Poste sur le champ des ancres (Застава на Якорном поле). Drôle de titre que celui de ce roman de Vladislav Krapivine, publié initialement en 1990. Quel poste? Et qu'est-ce que ce "champ des ancres"? Evidemment, ce titre un brin surréaliste n'est pas innocent. Hérissons (ce n'est qu'un surnom) est un jeune garçon, orphelin, qui vit dans un monde qui pourrait être celui de notre futur. Pourtant, tous les repères qui nous sont donnés sont étrangers. Les villes portent des noms familiers, mais n'appartiennent pas à notre monde.
Hérissons est orphelin, donc. Et Kantor, l'étrange directeur d'un lycée réservé aux enfants les plus brillants, l'a pris sous son aile. Mais Hérissons n'a que faire de ce qu'il ressent comme une chape de plomb. Il profite au maximum de la grande liberté de mouvement qui lui est donnée par le réglement, et passe notamment beaucoup de temps dans l'Anneau, le métro circulaire qui relie toutes les parties de la Mégalopole. Car c'est la voix de sa mère qui a été enregistrée et qui annonce toutes les stations.
Et il en est ainsi jusqu'au jour où la voix bredouille, puis annonce une station qui n'existe pas: "Champ des ancres". Hérissons descend et se retrouve dans un vaste prairie où poussent des ancres de toutes tailles, comme s'il s'agissait de végétaux. Après une rencontre avec des enfants qui semblent vivre ici et avoir leurs propres règles, il s'en retourne au lycée. Mais lors qu'il en parle à Kantor, qui manifestement lui cache bien des choses, celui-ci fait comme si Hérissons n'avait eu que des hallucinations...
A la fin des années 1980, Vladislav Krapivine a entrepris de rassembler quelques unes de ses oeuvres antérieures et d'y ajouter de nouveaux romans, le tout formant le cycle du Grand Cristal. Le Grand Cristal en question est tout simplement l'univers, vu comme une structure cristaline dont chaque face est un monde en soit. Mais parfois les faces se rejoignent, notamment grâce à des enfants doués d'un grand pouvoir d'imagination, qui peuvent ainsi passer d'un monde à l'autre. Hérissons est de ceux-ci, bien évidemment sans le savoir.
Un roman pour la jeunesse basé sur un postulat cosmogonique, voilà qui n'est pas banal. Mais on a vu avec la trilogie du Pigeonnier dans la clairière jaune que Krapivine n'en était pas à son premier coup d'essai. De fait, cette trilogie s'insère aussi dans le cycle, et il y est fait allusion dans Le Poste du champ des ancres. Il est donc important de lire celle-ci avant Le Poste..., sous peine de ne pas tout comprendre aux enjeux ici développés. 
C'est d'ailleurs bien l'une des seules choses que l'on puisse reprocher à ce texte, avec le fait qu'il manque peut-être un peu de contextualisation. On n'aborde ce monde-ci, et la Mégalopole, que de façon superficielle, et c'est bien dommage, car le peu qui est dévoilé donne envie d'en savoir plus. Mais Krapivine compense avec deux personnages principaux remarquables. Hérissons, donc, ce garçon qui finit par douter de la mort de sa mère, et Kantor, homme aux pouvoirs singuliers, inquiétants.
Le Poste sur le champ des ancres n'est donc sans doute pas l'idéal pour se plonger dans l'univers de Krapivine, mais il permet d'en découvrir une nouvelle facette, particulièrement brillante.
Vladislav Krapivine
Le Poste sur le champ des ancres
Traduit par François Doillon et Tatiana Palma (avec la collaboration de Julien Tissen
Editions Delahaye, 2005
Une lecture de Patrice
14:39 Publié dans (aut.) Vladislav Krapivine, (éd.) Delahaye, Auteurs russes, Littérature jeunesse | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
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16/09/2011
Vladislav Krapivine - Je vais répondre à mon frère - Projet "Kosmoopera" 17
Le Pigeonnier dans la clairière jaune, de Vladislav Krapivine, date de 1985. Mais cette oeuvre n'est pas née de rien. Bien des éléments dans la carrière de l'auteur l'annoncent, et notamment son tout premier récit d'importance (il avait déjà publié auparavant quelques nouvelles), Je vais répondre à mon frère (Я иду встречать брата, qui parut en 1962 dans la revue Le Trappeur de l'Oural (Уральский следопыт), puis en 1963 dans l'anthologie Fantastika 1963 (qui était décidément une bonne cuvée). 
Nous sommes sur la Terre, dans un lointain futur où les voyages interstellaires sont presque courants, mais se font toujours selon des vitesses relativistes, à savoir qu'en temps terrestre, une expédition dure des centaines d'années, pour au pire quelques dizaines à bord des vaisseaux.
Le narrateur, un archéologue, découvre la profonde amitié qui lie un jeune garçon avec un adulte, un cosmonaute. Et sa surprise est grande quand on lui dit qu'ils sont frères. Comment donc le cosmonaute, qui a passé plus de cent ans dans l'espace, peut-il être le frère d'un garçon de moins de 12 ans ? Pour le cosmonaute, la réponse est simple : « le petit-fils de mon frère est mon frère ».
Et le cosmonaute de raconter son histoire, bord d'un vaisseau, le Magellan, que l'on croyait perdu. L'histoire aussi de ce garçon qui se remémore par hasard l'existence de ce vaisseau, à bord duquel se trouve le frère de son grand-père, et qui va faire des pieds et des poings pour entrer en contact avec lui dès que, à la surprise de tous, on en apprend le retour dans le système solaire.
Et avec cette enchâssement d'histoire, Krapivine crée un récit émouvant, presque mélancholique, qui à la fois exalte la grandeur des cosmonautes, et même temps en dévoile la petitesse face au temps. Cette faiblesse de l'homme face à la nature va jusqu'au renoncement. Alors que dans nombre d'autres oeuvres de science-fiction soviétique, l'homme est tout puissant et peut (et même doit) modeler les mondes à sa convenance (Efremov déjà montrait comment l'humanité avait remodelé la Terre dans La Nébuleuse d'Andromède), Krapivine, par l'intermédiaire de son héros, s'y refuse. Alors que l'expédition a atteint un monde potentiellement vivable (l'atmosphère y est respirable), mais glacial ; alors que les autres cosmonautes veulent tenter de le réchauffer à l'aide de soleil artificiels, le héros, lui, s'y refuse, arguant que cette planète a sa propre beauté, et que ses formes de vie, toutes chétives soient-elles, méritent autant de respect que les autres.
Un message étonnant pour l'époque.
Nous disions plus haut que ce récit pouvait être un des ferments du Pigeonnier dans la clairière jaune. Cela se fait par le biais d'une scène unique : celle de l'apparition subite du garçon dans le cockpit du vaisseau tandis que le cosmonaute, fatigué, s'y retrouve seul. Un moment surprenant, plein de charme, qui introduit une touche de fantastique bienvenue. Cependant, Je vais répondre à mon frère a été intégré plus tard à un autre cycle de Krapivine, celui du Grand Cristal, dont nous aurons à reparler sous peu.
Une lecture de Patrice

13:56 Publié dans (a) Projet "Kosmoopera", (aut.) Vladislav Krapivine, Littérature jeunesse | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
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