19/02/2013
Défi SFFF venue de l'Est - sixième concours
Il est plus que l'heure de nous lancer dans le sixième concours du Défi de lecture SFFF venue de l'Est. Mais avant cela, quelques informations...
Notre partenaire, le Traqueur Stellaire, étant actuellement surchargé de travail – nous sommes après tout tous bénévoles –, nous délègue pour les semaines à venir les concours. Celui d'aujourd'hui aurait dû d'ailleurs apparaître sur son blog. Il nous rejoindra cependant avant la fin du Défi.
Notez aussi que le gagnant du précédent concours ne s'est pas manifesté. Nous en avons donc tiré au sort un nouveau, qui est Julien le Naufragé. Merci à lui de nous contacter par email!
Pour l'instant, les lectures publiées sont encore peu nombreuses, mais après tout le Défi est loin d'être clos, il reste encore deux mois! Les voici:
Romans :
Dmitri Glukhovsky, Metro 2033, par Thom
Henry Lion Oldie, La Loi des mages, t. 1, par Efelle
Eugène Zamiatine, Nous autres, par Gromovar
Stanislas Lem, Solaris, par Mlle Mayonnaise
Nouvelles :
Ivan Tourgueniev, Toc... toc... toc ! par Lune
Ivan Tourgueniev, Un rêve, par Lune
Leonid Kaganov, Epopée de carnassier, par Lune
Cristian-Mihail Teodorecu, La mort de monsieur Teodorescu, par Lune
Mikhaïl Boulgakov, L'Île pourpre, par La Mante
Passons maintenant au concours d'aujourd'hui. A gagner: un exemplaire de Stalker, d'Arkadi et Boris Strougatski, offert par les éditions Denoël.

Trois questions vous sont posées ci-dessous. Les réponses doivent être postées en commentaire. Le gagnant sera tiré au sort parmi les bonnes réponses. Vous avez 24h! Bonne chance à tous!
1. En quelle année Stalker a-t-il été publié pour la première fois en français:
- 1950?
- 1990?
- 1981?
2. Où habitait Boris Strougatski?
- Moscou?
- Saint-Pétersbourg?
- Tchéliabinsk?
3. Quel est le titre original de Stalker:
- Pause sur l'aire d'autoroute?
- Pique-nique au bord du chemin?
- Promenade champêtre?

09:40 Publié dans (aut.) Arkadi et Boris Strougatski, (éd.) Denoël, Auteurs russes | Lien permanent | Commentaires (28) | Envoyer cette note
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29/10/2012
Dmitri Bykov - La Justification
Rogov est le petit fils d'une des innombrables victimes des grandes purges staliniennes, dont l'apogée fut les terribles années 1937-1938. Mais Rogov est aussi historien, et il ne peut s'empêcher de s'interroger sur ces purges qui ont conduit à la mort des centaines de milliers de personnes, tandis que des millions seront envoyées dans des camps. Au fil de ses investigations plus ou moins aléatoires, il découvre que certaines personnes, officiellement fusillées durant ces années de terreur, sont réapparues à Moscou en 1948. Où étaient donc passées ces personnes officiellement mortes ?
C'est en discutant avec un vieux voisin, Kretov, ancien géologue chargé de prospections en Sibérie orientale, que Rogov va penser découvrir la vérité. Ces purges colossales, qui ont envoyé tant de gens à la mort le plus souvent sans la moindre raison valide, n'auraient été que la conséquence de la mise en place d'un gigantesque système de filtrage de la société. Ceux qui résistaient aux tortures, à la barbarie, sans jamais avouer quoi que ce soit, auraient en fait été déclarés morts, puis emmenés dans des camps secrets, notamment près d'Omsk. Ces résistants de l'extrême y auraient ainsi formé un corps d'élite, ultra-secret, voué à sauver le pays durant la guerre à venir.
Pour en avoir le coeur net, Rogov se lance, seul, à la recherche du camp dans lequel son grand-père est censé avoir été interné.
La Justification (Оправдание, 2001), premier roman de Dmitri Bykov, et considéré comme un roman réaliste, a-t-il sa place sur ce blog ? Assurément oui, car il est une réponse évidente à toute une série de romans de science-fiction soviétiques et russes, tournant autour du thème du surhomme, de l'Homo sovieticus, un thème qui fut régulièrement abordé par les frères Strougatski – dont Bykov est un fervent admirateur – ainsi que par Tchinguiz Aïtmatov, à la fin de l'ère soviétique et durant les années 1990. Aïtmatov, dans La Marque de Cassandre (1994), nous parlait d'un biologiste chargé de créer, dans des camps secrets, ces surhommes ; il nous parlait aussi de sa repentance. Les frères Strougatski, eux, ont plus parlé de mutants naturels, des surhommes malvenus dans un monde médiocre, et qui finissent par disparaître (Les Vilains cygnes – en français Les Mutants du brouillard – 1972 -, repris dans Destin boiteux – 1986 - ; Les Vagues éteignent le vent - 1986). Arkadi, dans un roman écrit en solo (Le Diable parmi les gens - 1993), nous montre aussi un personnage qui trouve un écho singulier dans La Justification : un mutant, dont le pouvoir terrifiant semble n'avoir pour cause que tout le mal qu'il a subi depuis sa plus tendre enfance, de la même manière que les surhommes de Bykov ne se révéleraient qu'après au moins six mois d'intenses tortures. En 1995, Boris Strougatski publie un roman, Recherche de prédestination, dans la même veine que celui de son frère, sans le mal, sans les tortures, mais avec une volonté de tri orchestré par le KGB.
Mais Bykov abandonne finalement toutes ces hypothèses qui, à l'image des théories raciales des nazis, pourraient justifier l'intense folie meurtrière de la deuxième moitié des années 1930. Il ne trouve aucune raison, aucune excuse, à ce phénomène historique qui a tout de l'irrationnel. Et c'est ainsi que Rogov, plutôt que de découvrir les restes des camps qu'il recherche, ne tombera finalement que sur des cas extrêmes de la société russe contemporaine, des cas on ne peut plus réalistes, hélas – et qui font tout le sel du roman. Point de camps secrets, point de surhomme, point de justification.
Paradoxalement, la publication de Bykov n'empêchera pas, en 2003, Boris Strougatski de revenir sur le thème, dans un roman, Les Impuissants de ce monde (2003) où l'argument fantastique reste présent, comme s'il fallait quand même poursuivre la quête...
La Justification est un premier roman. Depuis, Dmitri Bykov en a publié neuf, allant du réalisme à la science-fiction en passant par le réalisme magique, sans compter des dizaines de nouvelles, et tout cela avec autant de bonheur : autant dire qu'il est un auteur honteusement sous-traduit. Il mériterait clairement d'occuper en France une place similaire à celle de Sorokine ou de Pelevine, d'autant plus que c'est un admirable conteur, dont les textes se lisent d'une traite.
Dmitri Bykov
La Justification
Traduction Galia Ackerman et Paul Lequesne
2005, Denoël
Une lecture de Patrice
13:20 Publié dans (aut.) Arkadi et Boris Strougatski, (éd.) Denoël, Auteurs russes | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
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25/04/2011
Arkadi et Boris Strougatski - L'Auberge de l'alpiniste mort
Nous avons par le passé beaucoup insisté sur la grande cohérence de l'oeuvre des frères Strougatski, son articulation principalement en deux cycles, celui d'Ivan Jiline, et celui de l'Univers du Midi. Il y a toutefois des textes qui font exception. Stalker en est un; L'Auberge de l'alpiniste mort (Отель «У погибшего альпиниста», 1970) en est un autre, mais pour des raisons bien différentes.

Tout d'abord, L'Auberge de l'alpiniste mort est sans doute le dernier surgeon de la veine satirique des deux frères; il prolonge un peu l'idée des Choses féroces de ce siècle (paru en français sous le titre Le Dernier cercle du paradis), à savoir la visite d'une citoyen soviétique dans un pays d'Europe occidentale, dont on ne connaîtra pas le nom, mais qui est situé quelque part dans les Alpes. Cependant, alors que dans Les Choses féroces..., ils s'attardaient sur la description de la société, laissant un peu de côté les personnages autres que le héros, c'est tout le contraire ici: nous avons le droit à une galerie de portraits hauts en couleur, aux traits nécessairement accentués par le fait que tout le monde est bloqué dans un hôtel de haute montagne, suite à une avalanche. Le cadre étant restreint, il faut donc parler des gens. Qu'avons-nous donc? Un inspecteur soviétique, Glebski, vrai tocard, spécialiste des fraudes fiscales; un magicien; un savant un peu bizarre; un/une adolescent/e (le sexe est indéfinissable, même si vraisemblablement féminin); un hôtelier débonnaire et son chien à l'étrange intelligence; etc.

Edition de 1982, Detskaya Literatura
Et tout à coup, un des clients de l'hôtel est retrouvé mort, vraisemblablement assassiné. C'est là la seconde originalité du roman: il s'agit d'un polar. Un vrai, avec juste ce qu'il faut de noirceur, d'humour et de cynisme. De l'humour surtout: L'Auberge de l'alpiniste mort est avant tout un roman très drôle, avec quelques passages qui relèvent directement du comique, un comique très visuel (comme le passage durant lequel, Glebski, complètement ivre, essaie de draguer l'adolescent(e) ).
Mais que vient donc faire ce roman sur Russkaya Fantastika, s'il s'agit d'un polar humoristique? Rassurez-vous, le seul nom des auteurs n'est pas qu'un prétexte. La clé est dans la fin du texte, une fin pétaradante, et qui relève pleinement de la SF évidemment. Une fin qui invite à relire le roman sous un nouvel éclairage. C'est ce qu'on appelle donc une réussite. Sans doute pas un chef-d'oeuvre, mais en tout cas un texte qui donne bien du plaisir.
Une (re)lecture de Patrice.
12:19 Publié dans (aut.) Arkadi et Boris Strougatski, (éd.) Denoël, Auteurs russes | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
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