19/05/2012

Aleksei Pekhov - Le Vent d'ombre

 

Pekhov3.jpgEt voilà. Le mois dernier nous est arrivé le troisième tome des Chroniques de Siala par Alekseï Pekhov, qui clôt cette trilogie extrêment populaire en Russie. Sorti en France sous le titre de Le Vent d'ombre (Вьюга теней, en fait Le Blizzard d'ombre), il continue à nous faire suivre les aventures du voleur Harold, escorté d'elfes et de soldats, en quête de la Corne Arc-en-Ciel, artefact qui, seul, pourra arrêter un très puissant mage que l'on appelle seulement l'Innommable. La petite troupe se retrouve donc dans la forêt de Zagraba, le territoire des Orcs, une forêt féerique mais pleine de surprises, où se trouve Hrad Spein, une gigantesque nécropole souterraine au cœur de laquelle la corne a été dissimulée.
Et ce troisième tome déçoit. Les deux premiers, il est vrai, étaient loin d'être des chef-d’œuvres: on tenait juste des livres de plage, divertissants, fournissant à peu de frais leur lot de délassement basé sur du recyclage de choses déjà vues mille fois, mais bien menées.
Las, ici presque la moitié du roman est occupé par l'exploration de Hrad Spein par Harold. Un récit durant lequel Pekhov a développé des trésors d’ingéniosité, il faut bien l'avouer, pour inventer des salles, des pièges, des créatures. Il n'empêche que toute cette partie représentera, pour quiconque par exemple a pratiqué le jeu de rôle, la pire des options scénaristiques, à savoir l'enchaînement « une porte, un monstre, un trésor » (choisissez l'ordre). De belles images donc, mais qui se succèdent de façon ennuyeuse.
Pekhov4.jpgLa suite non plus ne tient pas ses promesses : une longue fuite sans réels rebondissements, les obstacles étant tous attendus ou presque. Et tout cela pour déboucher sur une bataille calquée sur celle de Crécy et narré d'une manière qui la fait ressembler à un pastiche de la description de la bataille de Borodino par Tolstoï. Car c'est là ce qui a toujours été le problème chez Pekhov : ses références sont immédiatement reconnaissables. Ici, il va même jusqu'à emprunter l'Inquisition (devenu ici les Gris) des Nightwatch de Loukianenko, un ordre chargé de veiller en toute neutralité à l'équilibre du monde. Ce genre de collage peut fonctionner lorsque la trame narrative reste équilibrée : ça n'est malheureusement pas le cas ici. Pekhov laisse en plan nombres d'éléments de son fil conducteur, ce qui empêche d'apprécier pleinement cette conclusion insatisfaisante.

Notons pour information que le tome 1 paraître en poche chez J'ai Lu en septembre prochain.

 

Alekseï Pekhov
Le Vent d'ombre
traduction sur la version anglaise d'Andrew Bromfield par Jean-Pierre Pugi
2012, Pygmalion fantasy

 

Une lecture de Patrice

 

 

 

26/06/2011

Aleksei Pekhov - Le Rôdeur d'ombre

 

Un roman de fantasy russe traduit en français : nous ne pouvions que nous y intéresser. Or les éditions Pygmalion viennent tout juste de publier Le Rôdeur d’ombre (Крадущийся в тени, 2002), d’Aleksei Pekhov, un jeune auteur de Moscou. Pekhov jouit d’un gros succès commercial en Russie, ce qui a vraisemblablement motivé la traduction de ce roman aux Etats Unis, et par retour, la traduction française. Une traduction faite de l’anglais... non pas par facilité éditoriale, mais simplement par volonté de l’auteur, la traduction anglaise, qui doit depuis faire office de référence internationale, ayant été l’objet d’ajustements divers : quelques coupes et modifications, comme par exemple le nom du héros, Garreth, qui devient ici Harrold.Pekhov1.jpg


 

 

Couverture de l’édition américaine, chez Tor Books, 2010.

 

 

 

Harrold est un voleur, et sans doute le meilleur de toute la ville d’Avendoom. Un contrat l’oblige à aller dérober une statuette chez un puissant duc, lequel se fait assassiner sous ses yeux. Pire : le contrat est dû au roi lui-même, qui cherchait à tester ses capacités avant de lui confier une mission. L’Innommable, un mystérieux sorcier exilé il y a des siècles, rassemble ses troupes et menace le royaume. Ce terrible magicien était jusqu’ici maintenu à distance par le pouvoir d’une corne, placée au fin fond d’une antique catacombe. Mais le pouvoir de la corne faiblit. Deux expéditions sont déjà allées la chercher, sans succès. D’où l’idée de confier la tâche au meilleur des voleurs, lequel sera accompagné d’une princesse elfe, et d’une douzaine de soldats, dont un gnome, un nain, et un gobelin.Pekhov2.jpg

 

 

 

 

 

 

Couverture originale chez Alfa-Kniga (2002)

 

 

Il est aisé de comprendre à la lecture de ce résumé que l’on a affaire ici à de la fantasy la plus basique, à un de ces innombrables récits de quête menée par une troupe de personnages autrement irréconciliables (pensez aux querelles entre les nains et les elfes du Seigneur des Anneaux et remplacez les ici par les mêmes, mais entre nains et gnomes, les elfes se contentant d’en vouloir aux seul orques). De fait Pekhov accumule les clichés avec la même avidité que Smaug entasse l’or au fond de sa caverne. Certains lecteurs russes se sont amusés à les rechercher : la quête donc, qui nous vient de Tolkien, la zone fermée d’Avendoom, qui nous vient des Strougatski, les cordes magiques, de Spraque de Camp, les guildes de voleurs et d’assassins, d’une multitude d’oeuvres et de jeux de fantasy. L’ensemble de l’univers décrit par Pekhov pourrait sortir d’une campagne de Warcraft, s’il ne s’était amusé à quelques inversions aisées : les elfes ne sont pas beaux, les nains sont glabres (juste histoire de s’opposer aux gnomes qui eux portent la barbe).

A aucun moment le lecteur ne peut être surpris par ce roman. Pekhov3.jpg


 

Couverture de l’édition 2011, chez Alfa-Kniga, par Vladimir Bondar (l’illustrateur de Dimension Russie)

 

 

Que reste-t-il finalement à ce Rôdeur d’ombre ? Une certaine facilité de lecture. A défaut d’être surpris, le lecteur ne s’ennuie pas, et c’est déjà ça. Les scènes d’actions, qui arrivent régulièrement, sont plutôt bien menées, et l’on se prend même au jeu lors des quelques chapitres de rappels historiques, ceux qui plongent le lecteur dans le lointain passé de Siala. Le Rôdeur d’ombreest un peu l’équivalent de ces films à pop-corn hollywoodiens : le genre de livre à prendre pour s’installer sous un parasol.

Pekhov4.jpg

 

 

Une lecture de Patrice