02/12/2012
Pendant ce temps, chez nos amis anglo-saxons
Il est bien connu que le marché anglo-saxon de l'imaginaire est un marché fermé, car largement auto-suffisant. Les éditeurs traduisent peu, voire pas de tout. Il y a tout de même quelques bonnes choses parues tout récemment, ou à paraître courant 2013. Voici quelques annonces repérées de ci de là.
Signalons d'abord la parution de Le Vivant d'Anna Starobinets, en octobre dernier chez Hesperus Press sous le titre The Living.
Après le succès de The Scar, les Diatchenko poursuivent sur le lancée: un nouveau roman vient de paraître en anglais, pour l'instant uniquement au format kindle: Vita Nostra.
Concernant Sergueï Loukianenko, c'est The New Watch qui est annoncé pour 2013 chez William Heinemann, une rapidité étonnante, preuve que la série marche décidément très bien!
Idem pour Max Frei, dont le quatrième volume de la série Le Labyrinthe d'Echo paraîtra en mai 2013 chez Overlook Hardcover. Là aussi, la série suit son train.
Autant de succès dont les Heny Lion Oldie aimeraient bien profiter (et c'est légitime!): aussi viennent-ils d'achever la mise en place de leur site en anglais (que nous avions déjà signalé alors qu'il était encore incomplet). Rien que pour les illustrations, il mérite d'être consulté, en espérant que cela décidera un éditeur américain ou anglais à franchir le pas...
Enfin, côté études, on attend pour janvier la publication de la thèse de Anindita Banerjee, We Modern People. Science Fiction and the Making of Russian Modernity, chez Wesleyan University Press.
Autant de parutions dont nous essaierons de rendre compte, dans la mesure de nos possibilités!
01/10/2012
Sergueï Loukianenko - Les Dernières sentinelles
Voilà un roman qui ne paraîtra sans doute pas en français, du moins pas à court terme. Bien que sorti en 2005 et déjà traduit en six langues, nous ne voyons toujours rien venir chez Albin Michel concernant Les Dernières sentinelles (Последний Дозор) de Sergueï Loukianenko, roman jusqu'à présent conclusif d'une tétralogie originale de fantasy urbaine (Loukianenko a en effet publié cette année un nouveau volume, Les Nouvelles sentinelles - Новый Дозор).
Anton Gorodetski, jeune mage clair parvenu aux plus rangs du Contrôle de Nuit de Moscou, est envoyé à Édimbourg pour enquêter sur le meurtre du fils d'un collaborateur humain de Gesar. Le meurtre a eu lieu dans une attraction de foire, une maison des horreurs, et le coupable est vraisemblablement un vampire, la victime ayant été saignée à blanc. Là, il doit assister le Contrôle de Nuit local, dirigé par un mage clair qui n'est autre que Thomas le Rimeur. Très vite, Anton se rend compte que l'endroit, si grotesque soit-il, cache quelque chose d'impensable : la tombe d'un très ancien mage tout puissant, enfouie dans le niveau le plus profond de la Pénombre, la tombe de Merlin ! Anton apprend aussi que la victime était un camarade de classe de Kostia, le tout puissant vampire qu'il avait vaincu en l'envoyant dans l'espace (cf. Les Sentinelles du Crépuscule), ce qui l'oblige a se remémorer ces moments où il eut à combattre celui qui fut un ami. Que cache le tombeau de Merlin ? Qui sont les trois Autres (un Clair, un Inquisiteur et un Vampire) qui ont tenté d'en forcer l'entrée ?
Sergueï Loukianenko conserve avec ce volume la structure de récit qui a fait son succès, avec deux parties initiales importantes pouvant se lire comme des novella, et une partie finale faisant office de synthèse des éléments distillés auparavant. Il n'innove donc pas, mais le système fonctionne bien, produisant un récit dynamique, sans réel temps mort. De même, l'auteur va jusqu'au bout de sa logique, en revisitant une fois de plus l'histoire et la mythologie, quitte à utiliser des personnages célèbres qui en auraient fait reculer plus d'un. Il avait déjà mis dans son escarcelle Geser, fameux héros tibétain et mongol. Ici, c'est carrément Thomas le Rimeur, mais surtout Merlin et l'iranien Rostam qu'il invoque, pour faire d'eux aussi de puissants mages du passé. C'est gros, mais cela marche.
Des puissants mages du passé. C'est-là la clé de réflexion de ce volume. Loukianenko pose en filigrane de nouvelles questions sur l'évolution des civilisations et de leurs modèles. Des questions sur le temps présent. Il continue son observation du redressement de la Russie, se permettant des clins d'oeil aux précédents volumes de la série : les boutons d'ascenseurs brûlés, remplacés par des boutons en acier ; le héros qui écoutait de la musique d'abord sur cassette, puis sur minidisc, et maintenant directement sur smartphone... un smartphone que les aînés d'Anton au sein des Contrôles peinent à appréhender. Ces personnages pluri-centenaires, voire millénaires pour certains, ne parviennent pas à s'adapter à la technologie, dont le développement les oblige à se rendre compte qu'ils sortent d'un autre âge. Anton lui-même, pourtant jeune, est surpris qu'on puisse s'attaquer à lui à l'arme automatique, une arme contre laquelle ses sorts ne peuvent rien. Le monde change, et ceux dont la mentalité reste percluse d'archaïsmes ne s'y adapteront sans doute pas, ou alors avec les pires difficultés. Le propos s'applique bien évidemment à la Russie-même, dont les mentalités évoluent trop lentement face aux progrès tant sociaux que matériels, mais il peut aussi être adapté à bien d'autres endroits, même si Loukianenko n'est pas un universaliste : la Russie n'est pas l'Europe occidentale, de la même manière que l'Ouzbékistan (où Anton est amené à faire un court séjour) n'est pas la Russie (une chose joliment dite au travers d'une réflexion... sur la poussière!). À travers ceci, Loukianenko parvient à donner une conclusion – temporaire, on l'a vu – brillante à sa tétralogie, à en faire quelque chose de particulièrement cohérent.
Loukianenko est un auteur talentueux. Il a su produire une oeuvre populaire, largement lisible par tous, mais subtile, intelligente, truffée de réflexions pertinentes. Aussi lui pardonnera-t-on malgré tout un certain conservatisme léger, notamment certains propos à la limite du machisme qu'un auteur de science-fiction ou de fantasy français aurait sans doute du mal à placer dans ses textes.
En attendant éventuellement une sortie française, les lecteurs anglophones peuvent toujours se rabattre sur la traduction anglaise (The Last Watch), par Andrew Bromfield.
Une lecture de Patrice
14:07 Publié dans (aut.) Sergueï Loukianenko, (éd.) Ast, Auteurs russes | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
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09/08/2012
Aziris Nuna
Voilà un film pour lequel nous avions, une fois encore, un a priori positif. Il faut dire qu'Aziris Nuna, de Oleg Kompassov (2006), est une adaptation d'un récit de Sergueï Loukianenko et Iouli Bourkine, Aujourd'hui, maman! (Сегодня, мама!, 2006), récit parodique et humoriste destiné à un public jeune.
Kostya et Stas sont les fils d'un archéologue spécialiste de l'Egypte ancienne. Mais cette spécialité recouvre en fait l'envie de découvrir des artefacts d'origine extraterrestre. Or voilà qu'un matin les deux garçons surprennent leur père en train de dire à leur mère qu'il est possible qu'un de ces artefacts se trouvent dans la réserve du musée où il travaille. Ni une, ni deux, Kostya et Stas n'écoutent que leur curiosité: ils se rendent de nuit dans la réserve, où ils sont attaqués par une momie subitement réanimée. Ils trouvent alors refuge dans une tête sculptée géante, laquelle referme un chronoscaphe, appareil en forme d'oeuf qui les catapulte dans un futur lointain...
Le ton est tout de suite donné: Aziris Nuna s'adresse avant tout aux adolescents et pré-adolescents. Ce sera donc humour et aventure au programme. Cela aurait évidemment du nous plaire. Et de fait, le scénario, qui ne prend que peu de liberté avec le récit originel, s'y prête bien. Les rebondissements y sont multiples, l'astuce finale plutôt bien trouvée. De plus, le film est porté durant sa première moitié par une abondance de trouvailles visuelles vraiment intéressantes, concernant l'univers du futur. Hélas, les bons points s'arrêtent à cela, car tout se retrouve gâché par une mise en scène maladroite, des acteurs abandonnés à eux-mêmes et qui pensent que cabotiner, c'est être drôle, et surtout une musique pénible, comme placée aléatoirement. A la longue, tous ces défauts en deviennent pénible, notamment durant toutes les scènes prenant place dans le palais égyptien. Aziris Nuna se laisse voir, mais sans plus, sans réel plaisir.
La bande annonce (en russe)
13:47 Publié dans (aut.) Iouli Bourkine, (aut.) Sergueï Loukianenko, Films | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
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