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06/12/2008

Ilf et Petrov - Kolokolamsk

 

Les éditions Parangon ont entamé en 2000 la publication de la traduction d'Alain Préchac des oeuvres complètes d'Ilf et Petrov, ces deux grands satiristes russes. On y trouve bien sûr les classiques que sont Les 12 chaises ou Le Veau d'or, mais aussi des textes moins connus comme Cloop, L'Amérique, Les Lettres d'Amérique, et cet étonnant Kolokolamsk et autres nouvelles fantastiques:

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Chez Ilf et Petrov, le fantastique ou la science fiction ne servent qu'à donner plus de saveur à la critique d'une société loufoque et pourtant réelle.

On découvre ainsi dans Une personnalité lumineuse, un pauvre employé rendu involontairement invisible par un savon, oeuvre d'un chercheur fou qui voulait seulement faire disparaître les tâches de rousseur. Notre homme invisible n'a alors qu'une seule volonté: vivre comme avant, travailler comme avant. Mais c'est sans compter sur l'opinion du peuple, qui finit par prendre peur, se l'imaginant partout, espionnant tout le monde, sorte de justicier (ou plutôt de dénonciateur) fantôme. Ainsi, tous vont se mettre à faire volontairement leur autocritique, à dévoiler leurs menus crimes, délits, et petits bassesses, dans la simple crainte que ceci ne soit révélé contre leur gré. Fait intéressant: les gens vont appeler la période d'invisibilité de notre héros la « Transparence ».

Les autres nouvelles du recueil (en fait un cycle de nouvelles, paru en feuilleton), Histoires extraordinaires des habitants de la ville de Kolokolamsk et Les 1001 jours, ou la nouvelle Schéhérazade sont toutefois bien plus cinglantes. Alors que les habitants de Kolokolamsk dévoilent au fil des pages leur bêtise ordinaire (comment tuer la poule aux oeufs d'or, ou faire d'une fuite d'égout une fontaine de jouvence), Schéhérazade Fiodorovna Chaïtanova se débat pour survivre dans la lutte que se livrent deux chefs de bureau, Sataniouk et Fanatiouk, lutte dont le vainqueur veut « purger » les anciens partisans de l'autre. Schéhérazade ne doit sa survie dans le bureau qu'aux histoires qu'elle raconte devant la commission d'épuration, une par jour « ouvrable »: son pouvoir de séduction est tel qu'à la fin de chaque journée, le camarade Fanatiouk ne peut s'empêcher de dire: « Je le jure par le Gosplan, je ne la licencierai pas avant de connaître cette histoire ». Et dans ces histoires, nul n'est épargné, pas même les membres du Parti Communiste, comme ce camarade Alladinov, détenteur d'une « carte magique » dont il abuse.

Alain Préchac a su redonner toute leur saveur à ces textes, où les jeux de mots sont nombreux, en se basant sur les rares manuscrits qui ont survécu à la censure. Du grand art dans le métier de traducteur.


Pour aller plus loin dans la notion d'humour dans le fantastique ou la science fiction soviétique, il est possible de consulter notre article, « Rire rouge. L'humour dans la SF soviétique », paru dans le fanzine Présence d'Esprit, n°53, 2007, p. 44-46.


Fiche technique du livre:


Broché: 252 pages

Editeur : Parangon (25 avril 2003)

Collection : Littérature étrangère

Langue : Français

ISBN-10: 2841900991

ISBN-13: 978-2841900992