28/03/2010

Arkadi Strougatski - Le Diable parmi les gens

 

Dans le récit Le Diable parmi les gens (Дьявол среди людей), ni court roman, ni longue nouvelle d'Arkadi Strougatski (sous le pseudonyme de S. Iaroslavtsev, il est question de Kim Volochine, qui a la capacité de tuer les gens sans les toucher physiquement. La vie de cette personne est racontée par Alexeï Andreevitch, médecin, son ami d'enfance. Ils se sont connus lors de la Deuxième Guerre mondiale, à l'âge de cinq ans. Les parents de Kim avaient été tués et il avait été évacué vers la ville de Tachlinsk (une ville inventée par l'auteur), dans un orphelinat. Alexeï vivait dans cette ville avec sa mère et Kim venait chez eux de temps en temps. Plus tard, après avoir terminé l’école secondaire, Kim devint serrurier et écrivit en même temps des articles pour un journal local. Un jour, Nina, la fille de Vostokov, professeur de l’Université de Moscou et journaliste connu, arrive dans la ville de Tachlinsk pour faire un stage et ils tombent amoureux l’un de l’autre. Ils se marient. Kim déménage à Moscou, entre à l’Université (grâce à son beau-père) et devient un journaliste. Quelques temps plus tard, on arrête Kim pour sa participation au Mouvement des jeunes gens démocrates contre l’arbitraire des membres du Bureau politique soviétique. Le beau-père renonce à son gendre et à sa fille aussi, car cette dernière ne veut pas quitter son mari. Quelques années plus tard, on libère Kim et il retourne avec sa femme dans la ville de Tachlinsk où il reprend son travail de serrurier. Nina, la femme de Kim, étant très malade à cause de tous les ennuis liés à son mari, meurt à l’hôpital où travaille Alexeï.

 

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Le 26 avril 1986 a lieu un accident nucléaire à Tchernobyl. Kim s'y rend. Quelque temps plus tard, il retourne à Tachlinsk et rapporte au journal local un article sur la catastrophe dans lequel il raconte toute la vérité sur ce qui s’y est passé. Après avoir lu cet article le rédacteur le chasse en disant qu’il ne le publiera jamais. Mais Kim arrive malgré tout le publier plus tard et provoque ainsi une choc dans la ville. Il faut noter que les habitants de la ville ne l’aiment pas trop. Il avait l’air assez effrayant, il était borgne, de plus, après son travail à Tchernobyl, il était devenu complètement chauve. On peut dire qu’à peu près à partir de ce moment des événements sinistres et étranges liés à Kim ont commencé à se produire. Un jour, Kim fait la queue dans une cave de vin. Tout à coup un ivrogne veut griller tout le monde. Kim lui fait une remarque. L’ivrogne commence à l'injurier et quelque minutes après il change de visage et fait une attaque. Tout le monde est choqué, on commence à faire courir le bruit que Kim est un sorcier.Mais alors que la vie de ce dernier n'était déjà guère paradisiaque, elle va vite se transformer en enfer...

Ecrit quelques mois avant sa mort, et publié en 1993, ce récit d'Arkadi Strougatski pourrait presque faire figure de testament. Il dévoile la vie entière d'un homme banal, normal, qui ne demandait rien et à qui finalement il arrive les pires choses qui pouvaient arriver en Union Soviétique: Le siège de Leningrad, la prison, Tchernobyl, sans compter des éléments plus privés comme le décès prématuré de sa première femme. Il y a là-dedans des choses qui pourraient provenir de la vie même d'Arkadi : les deux frères ont en effet perdu leur père lors du siège de Leningrad, et on connaît bien les problèmes qu'ils ont eu à la fin des années soixante.

Mais pour forcer le trait, Arkadi Strougatski fait de son héros un mutant. Ca n'est pas la première fois que les Strougatski abordent ce thème dans leur oeuvre, eux qui auraient voulu voir l'homme se débarrasser de ses derniers éléments simiens. Ainsi dans Les Mutants du Brouillards, ou dans Les Vagues éteignent le vent. Cette mutation était attendue comme un espoir, une avancée vers une humanité plus intelligente, supérieure et par là-même, totalement différente. Ici, c'est tout le contraire : cette mutation est une malédiction, et Kim souhaite ardemment qu'elle ne soit pas transmise à son fils, puisqu'elle cause sa propre perte. Cette une mutation sans avenir : les gens ne sont pas prêts à l'accepter, et de ce fait, le mal continue à exister. Pour autant, ça n'est pas un récit pessimiste : on sent qu'au final tout mal doit être puni.

Au niveau du style, de la façon de raconter, c'est bien évidemment très proche des Détails de la vie de Nikita Vorontsov : très réaliste, raconté par un intermédiaire. Ce texte n'en a que plus de force.

 

05/03/2010

Le nouveau site internet en anglais des frères Strougatski

Depuis longtemps déjà, le site officiel des frères Strougatski, non content d'être remarquablement riche, était doté d'une version anglaise offrant nombre d'informations intéressantes aux personnes ne parlant pas le russe.

Mais cette version anglaise est au point mort depuis quasiment sa création en 2000. Or il se trouve que depuis avril 2009, un nouveau site, qui se présente plus sous la forme d'un blog, a été inauguré. Ce site, régulièrement alimenté, propose aux lecteurs anglophones non seulement des études, notes, postfaces ou préfaces, tant de Boris Strougatski que de divers critiques, mais aussi des romans entiers, avec, pour l'instant, Le Petit, Le Scarabée dans la fourmillière, Les Vagues éteignent le vent, et, en cours, Un Gars de l'enfer.

Bonne lecture!

22/02/2010

Une édition de luxe de "Il est difficile d'être un dieu"

Pour fêter les 45 ans de la rédaction de ce roman, les éditions d'art Pan press ont décidé en fin d'année dernière de publier un édition limitée et illustrée de Il est difficile d'être un dieu, d'Arkadi et Boris Strougatski. Illustré par Elena Gratcheva, l'ouvrage n'a été tiré qu'à 1675 exemplaires. Cela peut paraître beaucoup à l'échelle de la France, mais c'est ridicule à celle de l'ensemble des pays russophones. Une belle reliure, du beau papier, et du coup aussi un beau prix (4212 roubles - environ 100€- sur Ozon). Mais c'est du bel ouvrage.

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