16/10/2010

Alexandre Kouprine - L'Etoile de Salomon

 

Alexandre Kouprine (1870-1938) est l'un des grands auteurs russes de la première moitié du XXe siècle, et comme tous les écrivains de son temps, il a touché à la Science Fiction et au Fantastique, le plus souvent par le biais de nouvelles et de povest'(novella). L'Etoile de Salomon (Звезда Соломона), publiée en 1917, est de celles-là.

 

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Couverture de l'édition de 1920

 

Ivan Tsvet (en français, cela donnerait Jean Lafleur), est un employé du tribunal municipal. Ses collègues et ses amis l'aiment bien et le respectent. Ivan vit dans un petit appartement, sous un toit, au dernier étage d'un immeuble. Il est sans prétention réelle, sa seule ambition dans la vie étant de parvenir au grade immédiatement au-dessus du sien.

Il se réveille un matin et voit, assis sur une chaise à côté de son lit, un homme étrange, porteur d'une montre-gousset en forme de tête de mort. Celui-ci se présente sous le nom de Mefodi Issaevitch Toffel et lui annonce que son oncle, habitant un domaine loin de la ville, est décédé dans sa propriété, dont Ivan est maintenant l'héritier. Ce dernier doit donc s'y rendre. Bien qu'étonné, Tsvet y va. Quelque temps plus tard, il parvient dans son domaine, un lieu abandonné et bizarre. Dans une des pièces, il découvre un grand livre ancien, qu'il commence à feuilleter. Il finit par tomber sur un texte expliquant que l'ouvrage contient une énigme et que quiconque la résoudra obtiendra le pouvoir sur le monde.

A partir de là, le brave Ivan, guidé par son mystérieux visiteur, va voir sa vie totalement bouleversée. Tout va lui réussir, au point de devenir immensément riche.

Au-delà d'un portrait réaliste de la petite noblesse russe en plein déclin et dont les membres finissent par devenir simples fonctionnaires (Kouprine connait bien ce milieu, dont il est lui-même issu), l'auteur mène dans ce récit une réflexion fort sympathique sur le pouvoir personnel, sur l'ascension sociale, supposée obligatoire, par le biais d'un personnage étonnant, éternel modeste, une sorte d'anti-Faust, auquel ce récit fait bien évidemment référence, ne serait-ce que par le nom du tentateur. La nature de celui-ci reste d'ailleurs jusqu'à la fin assez peu saisissable.

Récit bien mené, à la conclusion surprenante – et que nous ne dévoilerons bien évidemment pas – L'Etoile de Salomon souffre tout de même malgré tout de la surabondance d'oeuvres similaires, sur le thème de la tentation, du pouvoir et de la richesse. Toutefois, il faut bien avouer qu'il se classe parmi les meilleurs.

Il n'existe à notre connaissance qu'une seule traduction de ce récit, par R. Kapnist, parue dans les années 1910 chez Bauche à Paris, sous le titre Et Salomon aima. Le nom de Kouprine étant d'ailleurs orthographié Couprine. Nous n'avons pas eu accès à cette traduction et ne pouvons donc pas nous porter garants de sa qualité.